Depuis
une dizaine d'années, la broderie fait de plus en plus d'adeptes,
qui se passionnent pour cette activité, pratiquée tant
dans le calme de leur intérieur qu'au sein de clubs très
actifs. Parallèlement, un intérêt nouveau se fait
jour pour la riche histoire de cet art décoratif, qui reste pourtant
mal connue, car les uvres textiles, très fragiles, sont
difficiles à conserver et à présenter.
L'exposition thématique que propose le Musée Alsacien
est donc avant tout une exposition-découverte, la première
sur ce thème qui soit proposée par les Musées de
Strasbourg. Si la broderie alsacienne au point de croix, réalisée
avec le fil Rouge du Rhin est à présent bien
connue, cette présentation est l'occasion den découvrir
bien dautres aspects à travers près de 200 pièces
confectionnées entre le 16e et le 20e siècle et conservées
dans les fonds de plusieurs Musées de Strasbourg.
Au-delà de la volonté de faire partager au public le plaisir
d'admirer les matières, les motifs et les couleurs des broderies,
le Musée Alsacien veut montrer qu'un art décoratif considéré
comme mineur peut être révélateur d'une histoire
culturelle particulière. Les tissus brodés sont des objets-témoins,
dont l'étude contribue à écrire l'Histoire. Ils
montrent la confrontation entre art savant et art populaire, les influences
successives du fonds traditionnel d'Europe centrale et de la création
française, évoquent l'importance sociale de l'appartenance
religieuse et même les répercussions sur la vie quotidienne
des changements de nationalité qu'a connus l'Alsace.
La province a d'ailleurs un lien particulier avec la broderie, puisque
c'est à Strasbourg qu'a été imprimé en 1579
un des premiers livres de modèles de broderie édités
en Europe et c'est à Mulhouse que les usines de l'entreprise
D.M.C. fabriquent depuis plus de 150 ans le fil de coton à broder
aujourd'hui encore le plus utilisé en France et dans une grande
partie du monde.
Enseignée à lécole comme la calligraphie,
la broderie servait à marquer le linge de maison et à
orner les tissus liés aux rites de passage, qu'ils soient juifs
ou chrétiens. Parure vestimentaire, les motifs floraux se déployaient
sur les gilets de soie portés par les Strasbourgeois au 18e siècle,
sur les châles et bonnets de coiffe souvent somptueux des paysannes
alsaciennes. Tableaux peints à laiguille ou
essuie-mains dapparat brodés contribuaient au décor
de l'intérieur qu'il ait été urbain ou rural, bourgeois
ou paysan.
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