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Jean-Claude Lebensztejn
(
) lhyperréalisme reconduit lart à une
forme dorigine moderne, cest-à-dire non originaire
; il crée une confusion entre des signes que la fonction de lart
avait été de séparer. Encore un après-coup
de la tradition artistique récente : un brouillage sémiotique
a marqué lart daprès-guerre Bacon, les
Femmes de Kooning , introduisant un trouble durable dans la version
moderniste de la modernité. Mouler une figure, décalquer
une photo, la copier sans la transformer, cest tricher, introduire
dans le jeu classique de la représentation une donnée illicite,
une entorse aux règles qui ont fait de lart une activité
vénérable. (" Imitation/copie ")
Lintermédiaire photographique est un moyen un moyen
de produire les tensions qui traversent lhyperréalisme. Mais
il nest pas le seul ; la photo, art moyen, est redoublée
par limagerie qui meuble lunivers, réel et fantasmatique,
de cette allégorie réelle quest lAméricain
moyen : voitures et camionnettes, pavillons et motos, débits de
hamburgers, paysages urbains ou suburbains, loisirs médiocres,
visages ni beaux ni laids, distributeurs de bubble gum et jouets des petites
têtes à claques : le tout traité dans un code figuratif
parfaitement assimilé par lusage forcené des mass
media. Une manière de toucher à la fois béotiens
et connaisseurs, tout en laissant en rade le mainstream désolé
ou furieux des demi-connaisseurs et des critiques traditionalistes ou
classiquement modernistes (Emily Genauer, Hilton Kramer, Barbara Rose1,
selon le mécanisme pascalien de la raison des effets. " Ils
ont élargi la base de leur public tout en étant pris au
sérieux par le monde de lart, admire un critique. Ils ont
le beurre et largent du beurre, they have their cake and also eat
it. Ils fabriquent des incarnations visuelles de valeurs socialement partagées.
" (
) Lélément de satire quon a vu
dans ces uvres, parfois en dépit de leurs auteurs, tient
à un rapport plus quambivalent avec ce monde banal. Si lon
a pu y déceler une force dattraction-répulsion qui
sannule, cette neutralisation est subordonnée à une
seconde neutralité qui est la base stratégique des artistes.
" Oui, je pense que la neutralité est extrêmement importante.
Parce qualors la situation devient germinale ; diverses conclusions
ou lectures peuvent en sortir. " Choisir des sujets nuls et absents
dans leur apparence même est la condition dexistence de cet
art. (" Un art (du) moyen ")
Je peins le monde morceau par morceau, dit Morley en 1972, je recycle
lordure en art. Tout est utile, tout est un bon sujet pour lart.
" Et Close, en 1978 : " Jaime lidée de recycler
des images. " Tout est donc question de nuances et décarts,
dun tableau à lautre, dun artiste à lautre.
(" Un art (du) moyen ")
Morley et Close ont répété que, la reproduction photographique
dune peinture ressemblant à la photo dorigine, lintérêt
de la peinture tient dans cette part infime, presque indécelable,
de lirreproductible5 Chez Estes par exemple, cest la poursuite
nostalgique de la lumière ; chez Morley, lactivité
intensément sensuelle, mais invisible au premier coup dil,
du pinceau et de la peinture sur la toile ; chez Close, la concentration
sur le processus et les techniques pseudo-mécaniques de transmission
de linformation. Dans lensemble, la peinture permet dintensifier
léchelle, le cadrage, la couleur ou la texture de lobjet,
et par conséquent le jeu du regard. Elle peut avoir une apparence
psychotropique (
) (" Un art (du)moyen ")
Richard
Shiff : " Inventer les moyens "
Ni Close ni Celmins ne puisent leurs images dans la vie ; celles-ci
proviennent dun médium qui a déjà donné
au sujet une forme particulière, de nature photographique. Leur
vue dun modèle vivant (Bob) ou dun objet réel
(Suspended Plane) est déjà fixée, son identité
est liée à la matérialité du médium.
Travailler à partir dun tel modèle revient à
souligner combien les médiums et les modes de représentation
dominants et familiers structurent les données de notre expérience,
comme si lon ne pouvait plus trouver de nature nulle part. La nature
ne peut plus être lorigine. La nature (
) est déjà
composée.
Partant dune image quils ont généralement
eux-mêmes créée, ou du moins ajustée, photographiquement
Close et Celmins la réajustent dans un deuxième processus
de fabrication, en la réinventant. En accumulant des couches de
fabrication, limage devient plus matérielle quelle
navait paru au début. En " travaillant " limage
photographique, Celmins et Close rendent sa particularité dautant
plus évidente, car ils la naturalisent. Lartificialité
de la projection photographique devient une réalité, mise
à lépreuve dans lexpérience du faire.
" Je fais des expériences que les gens puissent regarder ",
déclare Close.
Dans une grande mesure, Celmins et Close ont pris pour sujet la photographie.
Pour reprendre les propos de Celmins : " [Les images] ne reposent
pas sur des photographies, les photographies sont le sujet [...] Bien
que limage soit la même, le contexte et la perception [dun
médium à lautre] sont différents." Quand
lun ou lautre de ces artistes travaille une image en la transférant
à la main de la photographie vers le dessin, la peinture ou la
gravure, des ajustements intuitifs interviennent dans chaque marque, introduisant
dans la trame implicite une vectorisation très subtile.
Parce que Bob ou Suspended Plane représentent dans leurs gris léventail
des tonalités associées à la photographie, ces peintures
semblent manquer de personnalité ou dautorité distinctive.
La couleur nest pas celle de Celmins ni celle de Close. Pourtant,
face à ces peintures des deux artistes, on ne confond pas luvre
du premier avec celle de la seconde, on ne prend pas non plus une peinture
pour une photographie. Dune certaine façon, leffort
physique qui est entré dans ces peintures pour les faire ressembler
à des photographies met au jour ce qui les différencie.
En sapprochant des uvres, on les ressent comme dautant
plus distinctes ; on perçoit non limage mais l'âme
du médium. Close et Celmins introduisent ainsi dans notre regard
une qualité précieuse : la méfiance. (" Faire
et regarder ").
Eléments
biographiques
(notices extraites du catalogue)
Richard
Artschwager
Née à Riga (Lettonie),
en 1938
Vit et travaille àNew York
Si Artschwager est aujourdhui davantage connu pour ses sculptures
que pour ses peintures, il a été au milieu des années
60 un pionnier de lutilisation de reproductions photographiques
comme source picturale et peut donc être considéré
comme un précurseur de lhyperréalisme. Son uvre
est présentée dans lexposition " The Photographic
Image " au musée Guggenheim en 1966 et il est désigné
par Lawrence Alloway en 1967 comme " post-Pop ", aux côtés,
entre autres, de deux autres pionniers du mouvement, Joseph Raffael et
Malcolm Morley (dont Artschwager est dailleurs proche).
Parallèlement à ses constructions en volumes, pseudo-meubles
ambigus, à mi-chemin entre objets utilitaires et sculptures minimales,
Artschwager réalise à partir de 1962 des peintures en grisaille.
Sa technique a peu changé depuis ses première uvres.
Son originalité réside dans le support particulier quil
utilise, le celotex, un revêtement en aggloméré employé
dans la construction, dont la surface est animée de motifs estampés
en léger relief et qui constitue sa " marque de fabrique "
en peinture, au même titre que le formica pour son uvre sculptée.
Du fait des accidents de la surface, limage présente une
définition trouble, comme une photo légèrement floue
ou trop agrandie. A lexception de quelques figures, lessentiel
de ces tableaux sont des vues darchitecture (de grands immeubles
dappartement) ou des vues dintérieurs cossus, tels
quon en trouve dans les magazines de décoration. Une tension
sinstalle entre limage réaliste et la présence
physique du support, entre latmosphère ordonnée et
statique des intérieurs et laspect chaotique de la surface
vue de près. Une démarche conceptuelle plus que réaliste,
qui sapparente davantage au travail de Vija Celmins quà
celui des hyperréalistes " traditionnels ".
Vija
Celmins
Née
à Riga (Lettonie), en 1938
Vit et travaille àNew York
Les premières peintures de Vija Celmins (1963-64) représentent
avec précision et neutralité, grandeur nature, les objets
qui sont autour delle dans son atelier : résistance électrique,
radiateur, ventilateur, télévision. En 1965, ses peintures
en grisaille davions allemands et américains sont les premières
uvres quelle réalise daprès photographies
- de vieilles coupures de presse, conservées depuis son enfance.
Jusquà ce jour, des photographies sont la source de toutes
ses uvres. Elles en sont aussi le sujet, puisque Celmins dit sintéresser
davantage aux qualités de la photographie (comme objet) quaux
choses quelles représentent, précisant que "
[son] imagerie sest développée sans aucune intention
symbolique ".
Il ne faut donc pas tenter de chercher un sens métaphysique à
ses séries représentant la surface de la lune, de la mer,
du désert, ou les constellations sur lesquelles se concentre son
travail depuis la fin des années 60, mais plutôt en scruter
la surface. La technique de Celmins est en effet très particulière,
puisquelle travaille (depuis 1969) au crayon de graphite sur papier,
bâtissant lillusionnisme de luvre sur un entrelacs
de marques de crayon individualisées et distinctement visibles
à un examen rapproché. Depuis le milieu des années
80, elle explore de nouveau parallèlement les possibilités
de la peinture, selon les mêmes stratégies. Toute la force
de son art tient donc au va-et-vient permanent quelle instaure entre
leur réalité physique (2 dimensions) et leur effet illusionniste
(3 dimensions). A la différence des hyperréalistes, Vija
Celmins met la " déception " (au sens étymologique)
au cur de sa démarche.
Chuck Close
1940, Monroe, Washington
Cest dans les années 70 que, dans le sillage du succès
de lhyperréalisme, on salua luvre de Chuck Close.
Au moment où le " minimal " et lart conceptuel
émergeaient, le travail de Close, par le biais dun savoir-faire
dune extrême méticulosité, apparaît comme
un défi lancé à la peinture. Son premier portrait,
qui date de 1967-68, fut un autoportrait. Il sapproprie le "
regard caméra " neutre des photographies didentité
: la personne le sujet humain communicant se trouve distanciée
tandis que sa présence corporelle paraît au contraire très
proche, la faible profondeur de champ contribuant à accentuer cette
impression de proximité physique. Le peintre renverse par là
la convention traditionnelle du portrait qui veut que le modèle
nous renvoie notre regard et se rapproche de nous à partir dune
certaine distance.
Luvre de Close continue dévoluer avec subtilité
; sa méthode gagne en complexité, mais sa position reste
résolument minimaliste. Si les premières photographies dont
il se servit pour faire ses portraits se caractérisent pour la
plupart par un éclairage frontal, à la fin des années
80, Close développe une technique plus complexe : au lieu dentretenir
une relation descriptive avec les traits du visage représenté,
les éléments de la mosaïque picturale sont formés
de petites compositions chromatiques et tonales. A mesure que le spectateur
sapproche de la toile construite sur une grille de facture pointilliste,
la structure du visage se fragmente en touches impressionnistes. Plutôt
quune représentation de quoi que ce soit, la peinture de
Close ne présente au spectateur rien dautre que les données
matérielles de luvre ; elle analyse notre perception
de la matière, envisagée comme quelque chose dà
la fois visuel et tactile, proche et lointain, qui partage notre espace
et que nous voyons par nous mêmes.
Don Eddy
1944, Long Beach, Californie
Vit et travaille à New York
Dès ses débuts, Eddy adopte une iconographie caractéristique
de lhyperréalisme : voitures, marchandises exposées
en vitrine et soumises à des phénomènes de reflets
et de transparence. Il ne cherche à être fidèle ni
à la réalité, ni à la photographie, mais sintéresse
avant tout aux " rapports entre ce que lon sait, ce que lon
voit, ce que lon pense voir et ce qui est là, entre la surface
du tableau et lillusion dans le tableau". La série des
Private Parking de 1970-71, décline ainsi divers arrangements de
voitures de modèles et couleurs variés, vues à travers
un grillage, barrant toute la surface de luvre. Ce type de
composition se retrouve dans la série des vitrines (années
70) avec un degré supplémentaire de complexité spatiale.
Il crée une sorte despace à la fois logique et séquentiel
(une surface vitrée, des reflets et des objets que lon voit
à travers) mais le transforme de telle sorte quil devienne
illogique. Dans les années 80, Eddy compose des arrangements dobjets
choisis selon un processus de libre association didées :
jouets, ustensiles colorés et bric-à-brac se détachent
sur un fond neutre, parfois animé de structures géométriques,
ou sont disposés sur des étagères de verre qui rendent
impossible la distinction entre les différents plans ; la netteté
uniforme de limage brouille encore la perception de profondeur.
Richard Estes
Né en 1932
A partir de différents clichés, Estes compose une image
entièrement nette, du premier au dernier plan, totalement irréaliste
par rapport à la vision humaine. Cette netteté uniforme
crée une composition " all-over " où tous les
éléments de limage sont traités avec la même
importance : la composition, léquilibre dans la disposition
des formes, le rapport des couleurs prennent le pas sur le sujet. Labsence
de figures dans ses uvres lui permet déviter toute
connotation narrative et de laisser placeà la seule expérience
visuelle. Plus tard, Estes abandonne les vues frontales, pour des vues
en perspective. Il divise lespace des toiles en deux, verticalement,
avec dun côté lespace clos des boutiques et de
lautre une vue ouverte sur la rue en perspective. Dans les vitrines
sinscrivent les reflets des immeubles situés sur le trottoir
opposé, avec plus ou moins de symétrie suivant langle
de la vitrine par rapport à la situation du peintre/spectateur.
A la fin des années 70, Estes privilégie les vues panoramiques
de New York, mais aussi de Paris, Venise, Florence, Londres, Tokyo, Hiroshima.
Cette série de sujets choisis hors des Etats-Unis le démarque
des autres hyperréalistes américains, essentiellement attachés
à des thèmes vernaculaires. Techniquement Estes est également
un cas à part : il est lun des rares hyperréalistes
qui dessine autour du motif (études et aquarelles, qui viennent
compléter les photos) et qui nutilise aucun procédé
mécanique pour le reporter.
Ralp Goings
1928, Corning, Californie
Vit à Charlotteville (New York)
Sollicité pour participer à une exposition de groupe sur
le thème " Vues de Sacramento ", Goings part à
la recherche dun sujet dans la ville, muni de son appareil photo.
Les " pickup truck ", ces camionnettes découvertes quon
rencontre partout en Californie, lui semblent une image à la fois
visuellement intéressante et emblématique de la côte
Ouest ; cette "commande" marque le début dune large
série. A partir de 1972, son intérêt se porte sur
les devantures et les intérieurs de fast-food quil décrit
de manière distanciée. Son déménagement à
New York en 1974 induit une modification de ses sujets : rares en Californie,
les " diners " (petits restaurants bon marché) sont nombreux
sur la côte est et présentent une typologie particulière.
Serveurs et clients, souvent de dos, de trois quarts ou totalement indifférents
à lappareil photo, isolés les uns des autres, absorbés
dans leurs pensées, sont traités de la même façon
que le mobilier et les objets caractéristiques alentour : les tasses,
distributeurs de serviettes, sucrier, bouteilles de ketchup, salières
posés sur les tables en formica forment des " natures mortes
" quil saisit sur nature ou recompose en atelier. Goings sattache
au rendu des couleurs, des matières (verre, formica, carrelage,
chromes), et aux jeux de lumière.
Ben Schonzeit
Né en 1942
Schonzeit est lun des plus jeunes peintres du mouvement. Après
sêtre essayé à la peinture abstraite, il commence
à travailler daprès diapositives dès la fin
des années 60. Ses premiers travaux sont des juxtapositions dobjets
et de fragments hétéroclites. Ses rapprochements énigmatiques
(Fish and cookies, Peaches and Shirts, 1970) sur de très grands
formats rappellent certaines uvres de Rosenquist. Mais Schonzeit
nutilise pas de clichés issus de magazines ou de publicités.
Il prend lui-même ses photos en studio et les combine ensuite pour
obtenir leffet pictural recherché. Sa préoccupation
est graphique. Choisis selon leur " potentiel pictural ", ses
sujets sont très variés. Si les éléments comestibles
abondent, on trouve de tout dans sa peinture : objets décoratifs,
bijoux, jouets, animaux, fleurs, paysages. Rien de spécifiquement
américain, mais plutôt des objets colorés issus de
la culture populaire, ce quil nomme des " sculptures pour dessus
de télévision ".
A partir de 1972-73, il abandonne les combinaisons insolites pour se concentrer
sur un seul objet, vu en très gros plan et souvent porté
à des dimensions gigantesques, comme Cauliflower (1975). Disproportionné,
le sujet perd de sa " réalité " et limage
affirme ses qualités abstraites. Le gros plan et lagrandissement
permettent à Schonzeit danalyser et de transcrire avec minutie
les formes, couleurs et textures telles quelles sont capturées
et rendues par la photographie. La très faible profondeur de champ
permet dobtenir des zones distinctes de net et de flou caractéristiques
de la vision photographique.
Malcolm Morley
1931, Highgate, Grande-Bretagne
Vit et travaille aux Etats-Unis
Alors que le développement de la reproduction photographique favorisait
le commerce des images, lintention de Morley était de créer
une peinture dont la reproduction ne puisse être distinguée
de loriginal. Lart en venait ainsi à travailler à
sa propre destruction. Lartiste trouve ses sources photographiques
dans des brochures, affiches, dépliants touristiques, journaux
et magazines en couleur. Récusant tout lien avec la tradition réaliste,
il peint ses scènes de carte postale à lenvers pour
se détacher le plus possible du sujet représenté,
appose une grille sur limage et procède carré par
carré avec la même précision. Il dissocie ainsi la
scène dépeinte de la perception en profondeur, incitant
le regard à glisser sur limage en un mouvement de balayage.
Son uvre SS Amsterdam in Front of Rotterdam (1966) devient un emblème
récurrent du superréalisme. Dans les années 70, Morley
séloigne de lallure précisionniste de ses premières
uvres et se tourne vers un usage plus expressionniste de la peinture
tout en continuant à se servir de la méthode de la grille
; il établit ainsi un rapport paradoxal entre le modèle
photographique (lisse, précis) et la matière même
de la peinture (Safety is your business, 1971). Dans son refus de représenter
un objet ou un panorama comme une chose qui serait à la fois présente
au regard et extérieure au spectateur, le peintre maltraite de
plus en plus ses images : il appose une croix (Race Track, 1970), reproduit
des surfaces déchirées (Los Angeles Yellow Pages, 1971),
transperce la toile dun couteau de cuisine (Disaster, 1972).
Joseph Raffael
Brooklyn (New York), 1933
Vit et travaille à Antibes (France) depuis 1986
Choisis pour leur valeur symbolique et spirituelle (Tut, le masque de
Toutankhamon en 1968, la série de portraits dindiens), les
sujets vus en gros plan des peintures de Raffael simposent sur toute
la surface de la toile. Depuis 1970, Raffael se consacre presque exclusivement
à des sujets liés à la nature. Les portraits danimaux
peints en 1971 (Lion, Lezard, Seal) sont sans doute ses uvres les
plus proches de lesthétique hyperréaliste : utilisation
dune source photographique, plans serrés, grands formats,
frontalité et absence de profondeur, netteté de limage,
traitement uniforme de la surface, travail par série et virtuosité
technique. Mais alors que les autres hyperréalistes revendiquent
une approche intellectuelle et distanciée de leurs sujets (lhyperréalisme
a été qualifié de " cool art " pour la
froideur de son style), Raffael cherche à ne faire quun avec
ce quil peint. Sa peinture célèbre la luxuriance et
la force vitale de la nature, elle est une description du grand Eternel.
A linitiative de Bill Allan, un de ses amis peintre, il commence
à travailler daprès diapositive fin 1972, avec la
série des Water paintings. Leau se révèle un
sujet très intéressant, puisquelle permet de peindre
de manière illusionniste, sans quil y ait de sujet ; elle
donne aussi loccasion daborder des problèmes picturaux
complexes, comme la représentation de la transparence et des reflets
sur une surface fluide et mouvante ; enfin, elle instaure une ambiguïté
entre figuration et abstraction. Vues à une certaine distance,
les toiles gardent un caractère illusionniste ; vues de près,
leur structure domine : une surface extrêmement travaillée,
totalement réticulée, faite dune multitude de touches
de peinture très fluide.
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