Hyperréalismes
USA 1965-75 est sans doute la première exposition à envisager
historiquement, et dans toute son étendue, un phénomène
artistique qui a occupé le devant de la scène artistique
au début des années 70.
Un ensemble de quelque soixante-dix peintures et sculptures de ses principaux
acteurs Malcolm Morley, Chuck Close, Richard Estes et bien dautres
rarement ou jamais montrées en Europe, présente
lhyperréalisme dans sa complexité et ses divergences
(doù le pluriel de notre titre). La décennie qui
a marqué son émergence, son apogée et son déclin
mérite une réévaluation de grande envergure.
Longtemps considéré comme un phénomène purement
rétrograde, lhyperréalisme met en uvre une
remise en question radicale des canons de la modernité artistique,
qui le rattache à un certain nombre de phénomènes
contemporains (art minimal, art conceptuel, etc.), avec de multiples
ramifications et paradoxes : un rôle provocateur assigné
à la copie, une démultiplication de la représentation
visuelle (images dimages), une réflexion active sur ce
que veulent dire le motif, la photographie, la reproduction artisanale
dune production mécanique, et bien dautres aspects
encore.
Si lhyperréalisme est envisagé ici comme un phénomène
artistique américain, cest parce quil ny a
quaux Etats-Unis qua pu se constituer quelque chose qui
ressemblât à un groupe, et que ce groupe a fait lobjet
dune véritable promotion. On ne peut cependant ignorer
que lhyperréalisme déborde les frontières
et quà lépoque à laquelle Artschwager
ou Morley reportaient sur toile leurs premières images photographiques,
Gerhard Richter peignait ses tableaux gris, à tort jugés
flous, daprès photographies de toutes sortes. Une place
est faite, en ouverture, à quelques figures singulières
(Richter, Hucleux, Gasiorowski), qui ont elles aussi mis leur peinture
à lépreuve de limitation photographique.
Une salle, consacrée à la production actuelle des artistes
invités, donne un aperçu de leurs évolutions, souvent
divergentes, mais toujours logiques. Elle rend plus manifeste encore
la complexité dun mouvement que lon a parfois trop
tendance à réduire à une identité factice.