Après
le Musée Ingres de Montauban (17 décembre 2005
2 avril 2006), le Musée des Beaux-Arts de Strasbourg présentera
une exposition consacrée aux collages dIngres (1780-1867).
Il a été demandé à Adrien Goetz, historien
de l'art et romancier, auteur de La Dormeuse de Naples (Prix des Deux
magots, Prix Roger Nimier en 2004), de porter un regard sensible et
personnel sur le riche fonds de dessins dIngres conservé
à Montauban, ville natale de lartiste.
Plutôt que de présenter des dessins achevés, aboutis,
lauteur a choisi de mettre en lumière un ensemble de feuilles
qui témoignent du travail de lartiste, de sa pratique dans
latelier : calques rapportés, collages détudes
sur dautres études, rapprochements dimages en apparence
disparates. Une nouvelle vision de Ingres surgit de cette confrontation
dune soixantaine duvres méconnues, pour beaucoup
jamais exposées.
Avec la révélation de ces " collages ", on est
au plus près de la méthode dIngres, qui compose
de manière savante et musicale et révèle dans ses
dessins la clef secrète de ses tableaux. Et si le Vu de
Louis XIII, LApothéose dHomère, Le Bain turc,
ses toiles les plus célèbres étaient dabord
des collages ?
Ingres apparaît ici " moderne ". Ingres humain qui hésite,
se reprend, accumule les idées. Ingres fasciné par le
corps en morceaux, les distorsions anatomiques, plus audacieux encore
dans ces dessins qui nétaient pas destinés à
être montrés.
Cette exposition sinscrit dans un programme de découvertes
et de redécouvertes, comme elle couronne un cycle du musée
des Beaux-Arts consacré aux trois géants du romantisme
français. En 2002, la rétrospective Théodore Chassériau,
un autre romantisme, montrée au Grand Palais à Paris puis
au Metropolitan Museum de New York participait à la réhabilitation
dun peintre tenu jusqualors pour un épigone, de talent
certes, dIngres puis de Delacroix.
De septembre à décembre 2004, dans le cadre des "
Vingt-deux chefs-duvre pour vingt-deux régions ",
le Musée du Louvre prêtait à titre exceptionnel
La Liberté guidant le peuple de Delacroix. Un public nombreux
vint admirer cette icône tant de la révolution que de la
peinture française. Après Delacroix, il était tentant
on oserait écrire : obligatoire de montrer le pôle
opposé, Ingres.
Chassériau, La Liberté guidant le peuple et les Collages
dIngres, trois types dexpositions (la monographie complète,
le face-à-face avec un chef-duvre, une entrée
dans la genèse dune uvre) au service dune meilleure
appréhension par le public dune des plus belles périodes
de la peinture française.
Dun autre côté, elle rejoignait une autre approche
: en 2003, le musée des Beaux-Arts avait proposé avec
LApothéose du geste. LEsquisse peinte au siècle
de Boucher et Fragonard une exposition sinterrogeant sur la création
de lartiste. Y étaient montrées une centaine desquisses,
de projets, de " modelli " qui avaient en commun davoir
été exécutés avec lhuile et avec le
plus souvent une fougue gestuelle. Lattention au processus créatif
est une des données fondamentales de lhistoire de lart
quand elle arrête de ne regarder que des images des uvres
pour sintéresser aux uvres elles-mêmes. On
saperçoit que cette attention matérielle est essentielle,
au point de permettre dapprocher lartiste jusque dans la
conception de son uvre.
A loccasion de cette exposition, un livre écrit par Adrien
Goetz est publié (coédition : le Passage, musée
Ingres, musées de Strasbourg).
Cette exposition sinscrit aussi dans le cadre des manifestations
organisées autour de luvre dIngres, marquée
par la grande exposition rétrospective du Musée du Louvre.