LES COLLAGES D’INGRES
Carte blanche à Adrien Goetz

19 mai – 21 août 2006
Musée des Beaux-Arts de Strasbourg

   
 

Après le Musée Ingres de Montauban (17 décembre 2005 – 2 avril 2006), le Musée des Beaux-Arts de Strasbourg présentera une exposition consacrée aux collages d’Ingres (1780-1867). Il a été demandé à Adrien Goetz, historien de l'art et romancier, auteur de La Dormeuse de Naples (Prix des Deux magots, Prix Roger Nimier en 2004), de porter un regard sensible et personnel sur le riche fonds de dessins d’Ingres conservé à Montauban, ville natale de l’artiste.
Plutôt que de présenter des dessins achevés, aboutis, l’auteur a choisi de mettre en lumière un ensemble de feuilles qui témoignent du travail de l’artiste, de sa pratique dans l’atelier : calques rapportés, collages d’études sur d’autres études, rapprochements d’images en apparence disparates. Une nouvelle vision de Ingres surgit de cette confrontation d’une soixantaine d’œuvres méconnues, pour beaucoup jamais exposées.
Avec la révélation de ces " collages ", on est au plus près de la méthode d’Ingres, qui compose de manière savante et musicale et révèle dans ses dessins la clef secrète de ses tableaux. Et si le Vœu de Louis XIII, L’Apothéose d’Homère, Le Bain turc, ses toiles les plus célèbres étaient d’abord des collages ?
Ingres apparaît ici " moderne ". Ingres humain qui hésite, se reprend, accumule les idées. Ingres fasciné par le corps en morceaux, les distorsions anatomiques, plus audacieux encore dans ces dessins qui n’étaient pas destinés à être montrés.
Cette exposition s’inscrit dans un programme de découvertes et de redécouvertes, comme elle couronne un cycle du musée des Beaux-Arts consacré aux trois géants du romantisme français. En 2002, la rétrospective Théodore Chassériau, un autre romantisme, montrée au Grand Palais à Paris puis au Metropolitan Museum de New York participait à la réhabilitation d’un peintre tenu jusqu’alors pour un épigone, de talent certes, d’Ingres puis de Delacroix.
De septembre à décembre 2004, dans le cadre des " Vingt-deux chefs-d’œuvre pour vingt-deux régions ", le Musée du Louvre prêtait à titre exceptionnel La Liberté guidant le peuple de Delacroix. Un public nombreux vint admirer cette icône tant de la révolution que de la peinture française. Après Delacroix, il était tentant – on oserait écrire : obligatoire – de montrer le pôle opposé, Ingres.
Chassériau, La Liberté guidant le peuple et les Collages d’Ingres, trois types d’expositions (la monographie complète, le face-à-face avec un chef-d’œuvre, une entrée dans la genèse d’une œuvre) au service d’une meilleure appréhension par le public d’une des plus belles périodes de la peinture française.
D’un autre côté, elle rejoignait une autre approche : en 2003, le musée des Beaux-Arts avait proposé avec L’Apothéose du geste. L’Esquisse peinte au siècle de Boucher et Fragonard une exposition s’interrogeant sur la création de l’artiste. Y étaient montrées une centaine d’esquisses, de projets, de " modelli " qui avaient en commun d’avoir été exécutés avec l’huile et avec le plus souvent une fougue gestuelle. L’attention au processus créatif est une des données fondamentales de l’histoire de l’art quand elle arrête de ne regarder que des images des œuvres pour s’intéresser aux œuvres elles-mêmes. On s’aperçoit que cette attention matérielle est essentielle, au point de permettre d’approcher l’artiste jusque dans la conception de son œuvre.
A l’occasion de cette exposition, un livre écrit par Adrien Goetz est publié (coédition : le Passage, musée Ingres, musées de Strasbourg).
Cette exposition s’inscrit aussi dans le cadre des manifestations organisées autour de l’œuvre d’Ingres, marquée par la grande exposition rétrospective du Musée du Louvre.