OUVERTURE DES NOUVELLES SALLES D'ORFEVRERIE STRASBOURGOISE

Musée des Arts décoratifs de Strasbourg
À partir du 26 novembre 2004

   
 

L'orfèvrerie florissante en Alsace aux XVI e et XVII e siècles, connaît une extraordinaire renaissance au XVIII e siècle à Strasbourg. Ville libre impériale jusqu'en 1681, elle est rattachée au royaume par Louis XIV. Parmi les privilèges accordés alors par le roi, figure l'autorisation pour les orfèvres strasbourgeois de pouvoir continuer à travailler l'argent au titre du Saint Empire. Inférieur à celui de Paris, il permet l'obtention d'une dorure éclatante et durable qui fera de Strasbourg la capitale du vermeil, matériau en vogue durant tout le XVIII e siècle et au début du XIX e siècle. Ses orfèvres, et parmi eux, les Imlin et les Kirstein, véritables dynasties d'orfèvres, comptent parmi leur clientèle les dignitaires de la nouvelle ville libre royale, les grands seigneurs allemands possessionnés en Alsace ou régnant sur leurs territoires héréditaires Outre-Rhin, ainsi que les nouvelles classes sociales venant d'accéder à la richesse dans une ville commerçante prospère, placée au carrefour des routes traversant l'Europe. Cette situation géographique particulière favorise le rayonnement et la diffusion de la production des orfèvres strasbourgeois. Ceux-ci sauront répondre aux exigences d'une clientèle cosmopolite fascinée par la qualité de leurs réalisations mais surtout par la beauté des décors
Régence, Rocaille et néoclassique qui ont établi leur réputation. L'importance de certaines commandes est telle, que les orfèvres strasbourgeois sont fréquemment conduits à se grouper pour répondre aux attentes d'une prestigieuse clientèle, tournée vers Paris et Versailles, qui trouve à Strasbourg un centre de production d'orfèvrerie à l'égale de la capitale française mais à des conditions d'approvisionnement et de coût bien plus avantageuses.

Parmi les spécialités des orfèvres strasbourgeois, il convient de citer en particulier l'écuelle à bouillon, accompagnée de son présentoir et de son couvert, adaptée à la forme parisienne dès 1730. Le décor de ces pièces, de même que celui de l'ensemble de la production strasbourgeoise, évolue autour de 1770 d'un style rocaille naturaliste vers un style Louis XV inventif et mesuré, et, dès 1772, adopte le répertoire ornemental du style néoclassique. L'Empire et la Restauration verront l'aboutissement de la tradition du métier d'orfèvre à Strasbourg au travers des spectaculaires tableaux de chasse en haut-relief d'argent et des élégantes coupes de vermeil de Jacques Frédéric Kirstein. Sa manière synthétise admirablement les acquis d'un savoir-faire ancestral, aussi précieux que le matériau si magistralement mis en oeuvre durant deux siècles à Strasbourg.

La nouvelle présentation de la collection d'orfèvrerie au rez-de-chaussée du pavillon nord-ouest du palais Rohan, ancien siège de l'officialité du prince-évêque, comprend trois salles consacrées, l'une à l'orfèvrerie religieuse, les deux autres à l'orfèvrerie civile regroupant les objets soit par série - les gobelets, les livres de cantiques -, soit par thème - la table, les nécessaires -. Cette section, entièrement dévolue à l'orfèvrerie d'argent et de vermeil, est mise en scène au sein de salles rénovées par l'architecte muséographe, Jérôme Habersetzer. Son travail a consisté à mettre en évidence leur architecture du XVIII e siècle et la collection venant s'y intégrer. L'espace et les vitrines de laiton nickelé, qui y sont distribuées avec justesse et précision, forment un écrin sobre et élégant pour les pièces dont l'éclat et la finesse des décors repoussés, ciselés ou gravés sont soulignés par un éclairage subtil, mêlant lumière naturelle et fibre optique. Les deux cents objets réunis durant un siècle, principalement par Hans Haug, pour constituer cette collection unique, y trouvent une dimension nouvelle et expriment parfaitement la vocation du musée qui est de rendre compte de la production des arts décoratifs strasbourgeois au XVIII e et au XIX e siècles, au sein même de l'édifice le plus représentatif de cette époque en Alsace.

Le catalogue exhaustif de la collection, publié sous la direction d'Etienne Martin, conservateur en chef du patrimoine chargé du musée des Arts décoratifs, analyse cet ensemble et l'histoire de l'orfèvrerie à Strasbourg durant deux siècles au travers d'un ouvrage abondamment illustré se présentant sous la forme d'un beau livre d'art.

Réouverture du Cabinet de l’hôtel OEsinger

Le décor de lambris d’époque Louis XV provenant de l’hôtel OEsinger, remonté à l’entrée de l’aile des écuries du palais Rohan au début des années 50, constitue un bel exemple de l’influence du goût parisien à Strasbourg. Sa réouverture, après un patient travail de rénovation qui lui a rendu sa polychromie d’origine, sera l’occasion d’y découvrir un ameublement en grande partie restauré, constitué d’objets contemporains au décor, afin de recréer l’atmosphère d’un intérieur strasbourgeois du milieu du XVIII e siècle.