L'orfèvrerie
florissante en Alsace aux XVI e et XVII e siècles, connaît
une extraordinaire renaissance au XVIII e siècle à Strasbourg.
Ville libre impériale jusqu'en 1681, elle est rattachée
au royaume par Louis XIV. Parmi les privilèges accordés
alors par le roi, figure l'autorisation pour les orfèvres strasbourgeois
de pouvoir continuer à travailler l'argent au titre du Saint
Empire. Inférieur à celui de Paris, il permet l'obtention
d'une dorure éclatante et durable qui fera de Strasbourg la capitale
du vermeil, matériau en vogue durant tout le XVIII e siècle
et au début du XIX e siècle. Ses orfèvres, et parmi
eux, les Imlin et les Kirstein, véritables dynasties d'orfèvres,
comptent parmi leur clientèle les dignitaires de la nouvelle
ville libre royale, les grands seigneurs allemands possessionnés
en Alsace ou régnant sur leurs territoires héréditaires
Outre-Rhin, ainsi que les nouvelles classes sociales venant d'accéder
à la richesse dans une ville commerçante prospère,
placée au carrefour des routes traversant l'Europe. Cette situation
géographique particulière favorise le rayonnement et la
diffusion de la production des orfèvres strasbourgeois. Ceux-ci
sauront répondre aux exigences d'une clientèle cosmopolite
fascinée par la qualité de leurs réalisations mais
surtout par la beauté des décors
Régence, Rocaille et néoclassique qui ont établi
leur réputation. L'importance de certaines commandes est telle,
que les orfèvres strasbourgeois sont fréquemment conduits
à se grouper pour répondre aux attentes d'une prestigieuse
clientèle, tournée vers Paris et Versailles, qui trouve
à Strasbourg un centre de production d'orfèvrerie à
l'égale de la capitale française mais à des conditions
d'approvisionnement et de coût bien plus avantageuses.
Parmi les spécialités des orfèvres strasbourgeois,
il convient de citer en particulier l'écuelle à bouillon,
accompagnée de son présentoir et de son couvert, adaptée
à la forme parisienne dès 1730. Le décor de ces
pièces, de même que celui de l'ensemble de la production
strasbourgeoise, évolue autour de 1770 d'un style rocaille naturaliste
vers un style Louis XV inventif et mesuré, et, dès 1772,
adopte le répertoire ornemental du style néoclassique.
L'Empire et la Restauration verront l'aboutissement de la tradition
du métier d'orfèvre à Strasbourg au travers des
spectaculaires tableaux de chasse en haut-relief d'argent et des élégantes
coupes de vermeil de Jacques Frédéric Kirstein. Sa manière
synthétise admirablement les acquis d'un savoir-faire ancestral,
aussi précieux que le matériau si magistralement mis en
oeuvre durant deux siècles à Strasbourg.
La nouvelle présentation de la collection d'orfèvrerie
au rez-de-chaussée du pavillon nord-ouest du palais Rohan, ancien
siège de l'officialité du prince-évêque,
comprend trois salles consacrées, l'une à l'orfèvrerie
religieuse, les deux autres à l'orfèvrerie civile regroupant
les objets soit par série - les gobelets, les livres de cantiques
-, soit par thème - la table, les nécessaires -. Cette
section, entièrement dévolue à l'orfèvrerie
d'argent et de vermeil, est mise en scène au sein de salles rénovées
par l'architecte muséographe, Jérôme Habersetzer.
Son travail a consisté à mettre en évidence leur
architecture du XVIII e siècle et la collection venant s'y intégrer.
L'espace et les vitrines de laiton nickelé, qui y sont distribuées
avec justesse et précision, forment un écrin sobre et
élégant pour les pièces dont l'éclat et
la finesse des décors repoussés, ciselés ou gravés
sont soulignés par un éclairage subtil, mêlant lumière
naturelle et fibre optique. Les deux cents objets réunis durant
un siècle, principalement par Hans Haug, pour constituer cette
collection unique, y trouvent une dimension nouvelle et expriment parfaitement
la vocation du musée qui est de rendre compte de la production
des arts décoratifs strasbourgeois au XVIII e et au XIX e siècles,
au sein même de l'édifice le plus représentatif
de cette époque en Alsace.
Le
catalogue exhaustif de la collection, publié sous la direction
d'Etienne Martin, conservateur en chef du patrimoine chargé du
musée des Arts décoratifs, analyse cet ensemble et l'histoire
de l'orfèvrerie à Strasbourg durant deux siècles
au travers d'un ouvrage abondamment illustré se présentant
sous la forme d'un beau livre d'art.
Réouverture du Cabinet de lhôtel OEsinger
Le décor de lambris dépoque Louis XV provenant de
lhôtel OEsinger, remonté à lentrée
de laile des écuries du palais Rohan au début des
années 50, constitue un bel exemple de linfluence du goût
parisien à Strasbourg. Sa réouverture, après un
patient travail de rénovation qui lui a rendu sa polychromie
dorigine, sera loccasion dy découvrir un ameublement
en grande partie restauré, constitué dobjets contemporains
au décor, afin de recréer latmosphère dun
intérieur strasbourgeois du milieu du XVIII e siècle.