QUAI DES PÊCHEURS
L'Ill à Strasbourg au cours des siècles

Musée Zoologique de Strasbourg
25|02|2005 - 15|05|2005

   
 

En collaboration avec la Fédération du Bas-Rhin pour la pêche et la protection du milieu aquatique, est née l’idée d’une exposition sur le monde de l’eau douce. Nous nous sommes d’abord orientés sur l’étude d’une rivière, de l’amont en aval, mais sujet quelque peu classique nous l’avons abandonné. Traiter du Rhin nous semblait tentant, mais nous voulions nous ancrer plus dans la vie des Strasbourgeois et l’Ill est apparue comme un sujet de choix. Il nous a semblé tout de suite intéressant d’évoquer son histoire, au cours des siècles, par le biais de son aspect et de son environnement, de la faune qui peuplait et peuple ses eaux ou ses berges : un sujet de mémoire pour retrouver les racines d’une ville.
Nous avaient fait le choix de nous arrêter sur trois périodes bien distinctes : le 17ème siècle, le 19ème et la période actuelle. Chacune de ces périodes a fait l’objet d’un traitement muséologique particulier reflétant les connaissances de l’époque.

Pourquoi le 17ème siècle ? Ce n’est qu’à cette période qu’apparaît une étude fiable sur les eaux strasbourgeoises, le manuscrit de Leonhard Baldner, pêcheur, mais aussi conservateur des eaux et forêts, chasseur, fonctionnaire de la ville de Strasbourg, qui a observé, décrit et fait reproduire la faune observée dans les eaux strasbourgeoises (le Rhin, l’Ill, la Kinzig et la Bruche). Ce remarquable naturaliste nous apporte par son ouvrage une foule de données sur les espèces rencontrées et leur comportement. Il devient dans l’exposition le point de départ et de référence pour observer l’évolution de l’Ill jusqu’à notre période. Mais avant d’aborder le vif du sujet, le visiteur est mis en situation. Deux reproductions (gravure et plan) du Cabinet des Estampes situent le propos : Strasbourg, une ville à la topographie si différente de maintenant. L’eau prédomine et structure l’espace : marécages, " Rheingiessen ", multiples bras, petites îles, fossés, canaux multiples.
Puis l’œuvre de Baldner est évoquée grâce à un manuscrit original illustré par un de ses fils, collection de la Bibliothèque municipale de Strasbourg, et un fac-similé du Musée zoologique. Parmi les nombreuses espèces décrites, nous avons fait le choix d’en évoquer six, remarquables par les observations que retranscrit L. Baldner : l’anguille, l’esturgeon, la lamproie, le saumon, le silure et un mammifère, la loutre. Les dessins et textes de l’ouvrage sont présentés ainsi que la traduction qu’en a faite en 1887 Ferdinand Reiber dans son étude sur le manuscrit. Le poids économique que constituait la pêche à cette époque est fortement évoqué avec les prix de vente des différentes poissons. C’est pour nous l’occasion d’évoquer les monnaies, les poids et mesures strasbourgeoises de l’époque grâce aux collections du Musée historique de Strasbourg. De même, un étal de poissonnier sis " rue du vieux Marché aux poissons " donne une idée de l’abondance et des différentes façons de déguster ces animaux à écailles. La loutre, si courante au 17ème siècle, renforce cette idée d’une ville où l’eau prédomine, mais évoque aussi les mœurs de l’époque avec ces toques en peau de loutre portées par les classes sociales dominantes, mais qui deviendra par la suite l’apanage des patriciennes du fossé rhénan.
Passage au 19ème siècle où la muséographie privilégie les collections de zoologie et d’instruments des pêcheurs professionnels. On évoque en premier Strasbourg et l’Ill : les modifications de la rivière, l’influence de la canalisation du Rhin et les répercussions sur la faune piscicole de l’Ill à travers les spécimens en alcool du musée et les écrits de F. Reiber. L’abondance du 17ème n’est plus là, certaines ne sont plus des habitants passagers, d’autres ont disparu de notre cours d’eau. Les pêcheurs professionnels se sont déjà plus rares, mais utilisent toujours les mêmes engins : nasse, piège à saumons, épervier… autant de pièces retrouvées chez d’anciennes familles de pêcheurs professionnels, pas forcément strasbourgeois, mais tous pratiquant leur activité dans l’Ill ou le Rhin. Cet partie est illustrée par des photographies du Dr. Schmitt sur les méthodes de tricotage des nasses, de lancer des filets. A cette époque, la société de pisciculture essaie d’enrichir à nouveau les rivières d’Alsace, en déversant des milliers de poissons mais aussi en incitant chaque citoyen à détruire les " animaux nuisibles à la pêche ". La loutre y laissera un lourd tribu, comme bien d’autres encore.
Mais qu’en est-il aujourd’hui de l’Ill strasbourgeoise ? Si les pêcheurs professionnels ont disparu (le dernier, qui a cessé ses activités 1972 , pratiquait la nasse dans le Krimmeri), cette eau, devenu plus propre, est devenue un lieu de pêche de loisirs. Des collections vivantes donneront un aperçu de la faune piscicole actuelle de l’Ill. Des aquariums, au nombre de cinq, évoqueront les zones des eaux lentes ou rapides, ainsi que l’avenir d’une rivière lié en partie à celui du Rhin. Des images filmées sous l’eau à la passe d’Ichtratzheim évoqueront le retour probable du saumon ou de la truite de mer dans les eaux strasbourgeoises. Cette dernière partie permettra aussi d’évoquer la responsabilité de l’homme dans la gestion de son patrimoine naturel.