En
collaboration avec la Fédération du Bas-Rhin pour la pêche
et la protection du milieu aquatique, est née lidée
dune exposition sur le monde de leau douce. Nous nous sommes
dabord orientés sur létude dune rivière,
de lamont en aval, mais sujet quelque peu classique nous lavons
abandonné. Traiter du Rhin nous semblait tentant, mais nous voulions
nous ancrer plus dans la vie des Strasbourgeois et lIll est apparue
comme un sujet de choix. Il nous a semblé tout de suite intéressant
dévoquer son histoire, au cours des siècles, par
le biais de son aspect et de son environnement, de la faune qui peuplait
et peuple ses eaux ou ses berges : un sujet de mémoire pour retrouver
les racines dune ville.
Nous avaient fait le choix de nous arrêter sur trois périodes
bien distinctes : le 17ème siècle, le 19ème et
la période actuelle. Chacune de ces périodes a fait lobjet
dun traitement muséologique particulier reflétant
les connaissances de lépoque.
Pourquoi
le 17ème siècle ? Ce nest quà cette
période quapparaît une étude fiable sur les
eaux strasbourgeoises, le manuscrit de Leonhard Baldner, pêcheur,
mais aussi conservateur des eaux et forêts, chasseur, fonctionnaire
de la ville de Strasbourg, qui a observé, décrit et fait
reproduire la faune observée dans les eaux strasbourgeoises (le
Rhin, lIll, la Kinzig et la Bruche). Ce remarquable naturaliste
nous apporte par son ouvrage une foule de données sur les espèces
rencontrées et leur comportement. Il devient dans lexposition
le point de départ et de référence pour observer
lévolution de lIll jusquà notre période.
Mais avant daborder le vif du sujet, le visiteur est mis en situation.
Deux reproductions (gravure et plan) du Cabinet des Estampes situent
le propos : Strasbourg, une ville à la topographie si différente
de maintenant. Leau prédomine et structure lespace
: marécages, " Rheingiessen ", multiples bras, petites
îles, fossés, canaux multiples.
Puis luvre de Baldner est évoquée grâce
à un manuscrit original illustré par un de ses fils, collection
de la Bibliothèque municipale de Strasbourg, et un fac-similé
du Musée zoologique. Parmi les nombreuses espèces décrites,
nous avons fait le choix den évoquer six, remarquables
par les observations que retranscrit L. Baldner : languille, lesturgeon,
la lamproie, le saumon, le silure et un mammifère, la loutre.
Les dessins et textes de louvrage sont présentés
ainsi que la traduction quen a faite en 1887 Ferdinand Reiber
dans son étude sur le manuscrit. Le poids économique que
constituait la pêche à cette époque est fortement
évoqué avec les prix de vente des différentes poissons.
Cest pour nous loccasion dévoquer les monnaies,
les poids et mesures strasbourgeoises de lépoque grâce
aux collections du Musée historique de Strasbourg. De même,
un étal de poissonnier sis " rue du vieux Marché
aux poissons " donne une idée de labondance et des
différentes façons de déguster ces animaux à
écailles. La loutre, si courante au 17ème siècle,
renforce cette idée dune ville où leau prédomine,
mais évoque aussi les murs de lépoque avec
ces toques en peau de loutre portées par les classes sociales
dominantes, mais qui deviendra par la suite lapanage des patriciennes
du fossé rhénan.
Passage au 19ème siècle où la muséographie
privilégie les collections de zoologie et dinstruments
des pêcheurs professionnels. On évoque en premier Strasbourg
et lIll : les modifications de la rivière, linfluence
de la canalisation du Rhin et les répercussions sur la faune
piscicole de lIll à travers les spécimens en alcool
du musée et les écrits de F. Reiber. Labondance
du 17ème nest plus là, certaines ne sont plus des
habitants passagers, dautres ont disparu de notre cours deau.
Les pêcheurs professionnels se sont déjà plus rares,
mais utilisent toujours les mêmes engins : nasse, piège
à saumons, épervier
autant de pièces retrouvées
chez danciennes familles de pêcheurs professionnels, pas
forcément strasbourgeois, mais tous pratiquant leur activité
dans lIll ou le Rhin. Cet partie est illustrée par des
photographies du Dr. Schmitt sur les méthodes de tricotage des
nasses, de lancer des filets. A cette époque, la société
de pisciculture essaie denrichir à nouveau les rivières
dAlsace, en déversant des milliers de poissons mais aussi
en incitant chaque citoyen à détruire les " animaux
nuisibles à la pêche ". La loutre y laissera un lourd
tribu, comme bien dautres encore.
Mais quen est-il aujourdhui de lIll strasbourgeoise
? Si les pêcheurs professionnels ont disparu (le dernier, qui
a cessé ses activités 1972 , pratiquait la nasse dans
le Krimmeri), cette eau, devenu plus propre, est devenue un lieu de
pêche de loisirs. Des collections vivantes donneront un aperçu
de la faune piscicole actuelle de lIll. Des aquariums, au nombre
de cinq, évoqueront les zones des eaux lentes ou rapides, ainsi
que lavenir dune rivière lié en partie à
celui du Rhin. Des images filmées sous leau à la
passe dIchtratzheim évoqueront le retour probable du saumon
ou de la truite de mer dans les eaux strasbourgeoises. Cette dernière
partie permettra aussi dévoquer la responsabilité
de lhomme dans la gestion de son patrimoine naturel.