Après
s’être formé aux côtés d’Henri
Matisse dans l’atelier de Gustave Moreau à l’Ecole
des Beaux-Arts de Paris, et après une courte et étrange
phase académique, Georges Rouault (1871-1958) développe
un art très personnel fondé sur une vision spirituelle
de la peinture et du monde.
Membre fondateur du Salon d’Automne en 1903, il se tient pourtant à l’écart
des mouvements contemporains comme le Fauvisme et exploite ses propres
thèmes en jouant d’une ligne acerbe et de nuances sombres. « Filles », « clowns » et « juges » forment
une hallucinante galerie de figures, entre satire sociale et révolte,
qui est aussi une manière d’explorer simultanément
les limites de l’âme humaine et de la peinture.
Les années vingt et trente sont marquées par sa collaboration
avec le marchand d’art Ambroise Vollard, découvreur et
défenseur de Cézanne, qui encourage Rouault à se
consacrer à la gravure destinée à l’illustration
de livres, comme les Réincarnations du Père Ubu, Passion
et le Miserere qui est l’une des très grandes œuvres
artistiques marquées par la Grande Guerre. A la fin des années
trente Rouault peint de plus en plus de « Paysages bibliques »,
qui sont une vision intensément colorée et rayonnante
d’un monde idéal fait d’harmonie et de recueillement.
Sous-titrée « Forme, couleur, harmonie », formule
que l’artiste aimait à répéter pour décrire
les éléments constitutifs de son art, la rétrospective
du Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg est
la première grande exposition depuis celle qui s’est tenue
en 1971 au musée national d’Art moderne. Elle a pour ambition
de mettre en lumière l’ensemble des recherches plastiques
de l’artiste dont l’expressionnisme intense et original
eut une influence considérable sur l’art du XXe siècle.
Les différentes techniques exploitées comme l’aquarelle,
la peinture, la gravure et la céramique seront représentées
et contribueront à mettre l’accent sur le dynamisme et
la diversité de cette production. Plus d’une centaine
d’œuvres, couvrant l’ensemble de la carrière
de l’artiste et venue de collections publiques et particulières
prestigieuses, formera le corpus de l’exposition.
Un espace introductif présentera différentes pièces
documentaires, lettres, catalogues d’exposition d’époque
et photographies, qui permettront d’appréhender la personnalité de
Rouault. Un espace central révèlera les cinquante-huit
planches gravées du Miserere, œuvre majeure de l’artiste
et fera écho, grâce à la reprise des sujets gravés
en peinture, aux salles environnantes dédiées chacune à un
thème cher à l’artiste comme les filles, les tribunaux,
le cirque, les faubourgs et les paysages. Une dernière salle
sera consacrée aux œuvres inachevées, données
en 1963 au Musée National d’Art Moderne par la famille
de l’artiste, et contribuera à redécouvrir les
différentes étapes du travail sur l’œuvre.
A l’occasion de cette exposition, sera publié un catalogue
de 320 pages rassemblant, à côté des essais d’Eric
Darragon, Emmanuel Pernoud, Angela Lampe, Jean-Paul Morel, Camille
Giertler, Emmanuel Guigon et Fabrice Hergott, une anthologie de textes
de l’artiste ainsi que des archives inédites. L’exposition
et le catalogue sont réalisés avec le soutien de la Fondation
Rouault.