Loth
et ses filles (1633) est un des chefs-duvre de Simon Vouet
et du musée des Beaux-Arts de Strasbourg. Chef-duvre
trouble et limpide. Malgré son lyrisme, demeure le sujet, scabreux,
auquel répond une manière brillante (" classicisante
") avec des restes de la leçon romaine (" caravagesque
").
Entrée au musée en 1937 grâce au courage de Hans
Haug, cette peinture a depuis servi de point de repère pour la
connaissance de Vouet (qui data peu duvres) et incarna même
un moment l'uvre entière de Vouet. Maintenant que cet artiste
a reconquis sa place dans lhistoire de la peinture française
(depuis la grande exposition du Grand Palais organisée par Jacques
Thuillier en 1990), il est temps d'aborder toutes les facettes de cette
" mythologie biblique ".
Lexposition comportera environ trente peintures (dont certaines
totalement inédites ou jamais vues en France) ainsi que de nombreux
dessins et gravures qui se répartiront en cinq sections sarticulant
autour de deux pôles (approches stylistiques / partie iconographique)
:
- Vouet et son entourage à Rome : un caravagisme pervers ?
- Luvre et sa genèse : Vouet vers 1633
- LImpact parisien : le grand lyrisme
- LIconographie : les modèles
- LIconographie : un thème bien particulier
Un dossier complet sur cette uvre sera réalisé ;
ses sources : les deux dessins préparatoires (conservés
à Reims et à Munich), dérivation (gravure et copies),
ainsi que sa fortune critique (Loth et ses filles fut une uvre
maîtresse dans la redécouverte de Vouet).
Parmi les sources, il convient de souligner la confrontation pour la
première fois avec le Loth et ses filles de Gentileschi (musée
Thyssen à Madrid) que Vouet a vu à Gênes en 1621.
Cette peinture est charnière dans luvre de Simon
Vouet. Rappelé à Paris par Louis XIII en 1627, Vouet doit
simposer. Face à la situation artistique parisienne, il
développe une manière lyrique apte à rivaliser
avec Rubens. En effet, Vouet est chargé principalement duvrer
sur le chantier du Luxembourg et dans le domaine de la tapisserie. Le
musée des Arts Décoratifs de Strasbourg présente
une partie de la tenture de lHistoire de Constantin réalisée
quelques années auparavant pour Louis XIII.
Il convient détudier le contexte dun tel tableau
qui se situe à Rome dans une certaine forme de caravagisme. Plusieurs
peintures de Vouet et de son entourage, qui abordent précisément
la veine sensuelle et violente seront présentées.
Par sa sensualité et ses parti pris esthétiques, Vouet
est à lorigine de la nouvelle orientation de la peinture
parisienne et il convient donc de présenter quelques uvres
issues de son exemple. Cest ainsi quune place sera faite
à ses disciples, dont Perrier. Du lyrisme de Vouet, magistralement
mis en uvre dans le Loth et ses filles de 1633, sort la grande
école parisienne, celle des élèves de Vouet : Le
Sueur, Le Brun, Mignard qui bientôt se révolteront contre
leur maître.
La partie iconographique présentera le thème et son traitement
à partir du XVe siècle. Si la vocation moralisatrice a
toujours été présente (avec en particulier la présence
de pendants sur le thème de Suzanne et les Vieillards), nous
montrerons quil faut y regarder de plus près. Nous nous
attacherons surtout à la portée symbolique de ce thème
dans les années 1630, en relation avec la thématique des
" Femmes fortes " et le poids des guerres et des épidémies
qui décimèrent alors lEurope.
À loccasion de cette exposition, sera publié un
catalogue réunissant des essais de Jean-Luc Nancy, Maximilien
Durand, Dominique Jacquot et Guillaume Kazerouni.