L'INTÉRIEUR PAYSAN | LA VIE FAMILIALE | LES CROYANCES | LES ARTISANS

 

L'INTÉRIEUR PAYSAN

       
Pan de mur à colombage.
Issenhausen (Bas-Rhin) 1789
Bois, torchis, crépi, grès

Bâtie sur un soubassement en grès rose des Vosges, la maison de la plaine alsacienne est composée d'une ossature en bois, le colombage. Il est fait de poutres en bois, horizontales, verticales ou obliques, assemblées par des chevilles en bois. Dans les panneaux situés entre les poutres, un lattis de bois reçoit le torchis, mélange de limon, d'eau et de paille hachée. L'ensemble forme un bâtiment dont les matériaux pouvant être trouvés dans la région constituent un excellent isolant.
Certaines maisons présentent à l'extérieur un décor peint sur le crépi qui recouvre le torchis. On y trouve souvent les motifs caractéristiques de l'art populaire alsacien, ainsi le couple d'oiseaux évoquant le couple des maîtres de maison, le bouquet de fleurs (tulipes, œillets,...) symbolisant la prospérité que l'on souhaite à la maisonnée. Les inscriptions sont révélatrices des préoccupations principales des paysans : protéger leur maison du feu en la plaçant sous la protection divine et inciter chacun à être travailleur, un trait de caractère souvent attribué aux Alsaciens.
Les inscriptions peintes sur ce mur sont rédigées en allemand. Jusque vers 1930, la majorité des Alsaciens ne parlait que le dialecte alsacien, une variante de l'allemand, qui, lui, était utilisé à l'écrit. Le français ne s'est diffusé que très lentement à partir du rattachement de l'Alsace à la France en 1648, mais surtout après 1918 et n'a quasiment jamais été utilisé dans la création populaire traditionnelle.
 
   
  Alcôve de la Stube (chambre paysanne).
Wintzenheim–Kochersberg (Bas-Rhin) 1810
Bois

En 1904, les photographes mandatés par le Musée Alsacien prirent une des rares vues d'intérieur rural alsacien de cette époque. L'image nous montre l'aménagement de la Stube, ou pièce commune, d'une maison de Wintzenheim il y a un siècle et nous permet de lui confronter la restitution qui en a été faite au Musée en 1912.
On aperçoit ici l'alcôve, petite pièce formée par une subdivision de l'espace de la Stube, matérialisée par une cloison en bois où sont ménagées deux ouvertures entre lesquelles sont fixées l'horloge à cadran peint et un placard. Dans l'alcôve se trouve le lit des maîtres de maison. Il est garni d'un épais oreiller et d'un édredon revêtu de kelsch, tissu de chanvre à carreaux bleus, rouges ou bicolores. La deuxième ouverture donne accès au berceau du dernier-né, lequel bénéficie ainsi de la chaleur du poêle.
A la veillée ou en hiver, la famille est réunie dans la Stube et chacun s'occupe à divers travaux, en particulier les femmes qui filent à l'aide de leur rouet ou broient du chanvre pour en libérer les fibres.
 
   
  Coin-repas de la Stube
Wintzenheim-Kochersberg (Bas-Rhin) 1810
Bois et matériaux divers

En Alsace, l'usage veut que toute la famille, ainsi que les domestiques, déjeune dans la pièce commune de la maison, appelée Stube en alsacien.
Même si les femmes se lèvent de leur chaise pour chercher les plats à la cuisine, elles prennent leur repas en compagnie des hommes. Ceux-ci sont assis sur le banc de coin, adossés au mur garni de lambris. Présidant la table, le maître de maison occupe l'extrémité située entre deux fenêtres, dont l'une donne vers la cour, l'autre vers la rue. Il peut ainsi surveiller ce qui se passe dans l'un ou l'autre lieu. Près de lui, la petite armoire de coin où sont rangés les papiers de famille et
la bouteille de schnaps (eau de vie), dont un verre est offert à tout visiteur. Généralement, cet angle de la pièce est appelé "coin du Bon Dieu" (Hergottswinkel), car les images religieuses y sont regroupées. Dans les familles protestantes, la bible est rangée dans la petite armoire de coin, tous les soirs après la séance de lecture faite par le père de famille.
Cet emplacement correspond aussi à celui du poteau cornier, situé à l'angle de la maison entre rue et cour et sur lequel figurent les initiales du couple qui a fait bâtir la maison, la date de construction et souvent des symboles devant protéger la maison.
 
   
  Buffet d’angle
Obermodern (Bas-Rhin) 1813
Bois de sapin polychrome

L’usage de fabriquer du mobilier en bois résineux et de lui ajouter un décor peint est caractéristique des traditions d’Europe centrale. Les formes sont restées longtemps influencées par la Renaissance allemande, et les styles français n'ont été introduits que très progressivement dans le mobilier populaire. L’habitude de peindre le bois, à son apogée au début du XIXe siècle, reste vivace jusqu’après 1860. Le plan triangulaire de ce meuble, un buffet de coin, est conçu pour être intégré aux lambris, économisant ainsi de la place dans la Stube. Les styles et les couleurs des décors varient selon les régions, motifs géométriques, couleurs rouge et verte de l’art populaire archaïque dans le nord de l’Alsace, ou motifs figuratifs et couleurs plus douces dans le sud de la province, où le voisinage de l’art baroque se fait sentir.
 
   
  Pot à beurre
Betschdorf, atelier Wingerter, XIXe siècle
Grès au sel

Cuits à température élevée (1250° C), les récipients en grès au sel ont une paroi peu poreuse qui les rend particulièrement aptes à servir à la conservation des aliments.
Le pot à graisse (Fetthaafe) était présent dans chaque cuisine alsacienne il y a encore une génération. On y mettait principalement du beurre fondu (Anke), qui se conservait bien mieux sous cette forme.
Le décor de ce pot est tout à fait traditionnel, avec des cerfs courants, un coq et des feuillages élégamment stylisés.
 
   
  Récipient à eau de vie
Betschdorf 1862
Grès décoré au cobalt

Si l’usage de récipients de grès est attesté en Alsace au Moyen Âge, ce sont néanmoins des potiers venus d’Allemagne qui en reprirent la fabrication après leur installation en Alsace au XVIIIe siècle. Ils créèrent des ateliers à Betschdorf, à Saverne et à Niedersteinbach. Au XIXe siècle, le seul centre de production de grès subsistant fut le village de Betschdorf, qui reste aujourd'hui encore un centre de production de grès au sel. Cuit à haute température, le grès est une céramique aux pores resserrés, essentiellement utilisée pour la fabrication de récipients destinés à contenir des liquides, et des aliments conservés en saumure. Ce pot à schnaps, destiné à recueillir l’eau-de-vie sortant de l’alambic, est aussi un objet de prestige, richement décoré et même daté.
 
   
  Bouquet de fleurs
Alsace. Début du XIXe siècle
Bois peint

Le bouquet de fleurs dans un vase , appelé aussi Maikrug ("cruche aux branches fleuries") est sans conteste le motif décoratif le plus fréquent de l’art populaire alsacien. On le trouvait déjà ornant des monuments de la Rome antique. Il fut ensuite abondamment repris à la Renaissance, qui inspira l’art populaire naissant du début du XVIIe siècle. Panneau de porte d'armoire, ce bouquet aux couleurs chatoyantes s’inscrit dans cette longue tradition.
 

LA VIE FAMILIALE
   
  Alsacienne portant un kougelhopf
Détail d'un calendrier annuel 1895
Chromolithographie
Imprimerie Alsacienne, Strasbourg

Présent dans la plupart des intérieurs ruraux à partir des années 1860, le calendrier diffuse à grande échelle son message publicitaire illustré conformément à l’air du temps. Cet exemplaire est tout à fait caractéristique du contexte de la fin du XIXe siècle, lorsque la mise en valeur de la culture alsacienne est devenue une sorte de devoir régional. L’image centrale montrant une Alsacienne portant un kougelhopf et entourée de deux enfants dans la pièce commune, la Stube, d’un intérieur paysan illustre trois éléments typiques de l'Alsace : le costume traditionnel, le mobilier rural et la gastronomie. Dans les écoinçons, quatre images évoquent des traditions liées à différents moments de l’année, à savoir l’arrivée du Christkindel (Enfant-Jésus) le soir de Noël, le retour de la messe de minuit, la quête des œufs de Pâques et les courses de chevaux de la Pentecôte. Tout en haut, le chiffre de l’année est placé dans un bretzel, cadeau symbolique remis le jour de l'an comme vœu de prospérité.
 
   
  Poupée en costume catholique
Alsace. Fin du XIXe siècle
Porcelaine, cuir et tissu

Cette poupée de qualité, à la fine tête de porcelaine et au corps en cuir, porte une tenue reproduisant celle des jeunes filles catholiques des environs de Strasbourg, soit une zone comprise approximativement entre Haguenau, Saverne et Erstein. La jupe en bombasin rouge est terminée par un petit biais de velours noir, est celle des femmes catholiques. Le ruban coloré de la coiffe indique, quant à lui, qu’il s’agit d’une jeune fille, les femmes mariées portant un nœud noir. Le tablier de coton blanc crocheté est arboré par les jeunes filles participant à la procession de la Fête-Dieu dans le village de Geispolsheim. En Alsace comme dans toutes les sociétés traditionnelles, le costume est un indicateur du statut social, et en particulier de celui de la femme, montrant si elle est célibataire ou mariée, de religion catholique ou protestante.
 
   
  Coussinet à porter
Lingolsheim (Bas-Rhin). XIXe siècle
Tissu rembourré de foin

"Perrette, sur sa tête ayant un pot-au-lait
Bien posé sur un coussinet
Prétendait arriver sans encombre à la ville..."
Comme l’indique la fable de la laitière et du pot-au-lait, porter les fardeaux sur la tête était pour les paysannes une pratique tout à fait courante. Pour leur donner une meilleure assise, elles plaçaient sur leur tête un accessoire, le coussinet à porter (Wisch) qui, lorsqu’il ne servait pas, restait habituellement accroché à portée de main dans la cuisine.
La forme circulaire de ce coussin rembourré de foin a motivé l’assemblage particulier de son enveloppe, sous forme d’un patchwork composé de restes de tissu. Certains y voient l’origine de cette technique, fort répandue aux Etats-Unis au siècle dernier, et qui avait peut-être été transmise par les immigrants alsaciens.
 
   
  Boucle de cravate
Basse-Alsace. XIXe siècle
Argent ciselé

Au siècle dernier, le costume masculin comportait une cravate, pièce de tissu dérivée du mouchoir protégeant le cou. Elle était nouée de différentes façons, selon la mode du moment ou du lieu, parfois aussi serrée dans une boucle (ou fermail) de métal. Celui-ci était souvent en forme de cœur (cadeau de la fiancée) et orné de motifs rappelant la profession du jeune homme.
 
   
  Pantin à découper
Wissembourg, imprimerie Ackermann. Vers 1930
Lithographie colorée

Petite ville du nord de l'Alsace, Wissembourg était devenue au milieu du XIXe siècle un des plus grands centres français de production d’imagerie populaire. L’entreprise créée par J.-F. Wentzel fut reprise en 1906 par R. Ackermann qui essaya d’éditer des sujets plus régionaux, voir folkloriques.
 
     

LES CROYANCES
   
  La Cène
Colmar (Haut-Rhin). Milieu du XIXe siècle
Peinture sous verre

Tout comme le mobilier polychrome, la peinture sous verre est un artisanat originaire d’Europe centrale. Elle fut introduite en Alsace par les ateliers de la Forêt-Noire , dont les artisans avaient décider de s’installer sur l'autre rive du Rhin afin d’ éviter le paiement les droits de douane pour l’exportation de leurs produits. C’est ainsi que la famille Winterhalder, venue du pays de Bade, s’installa à Colmar, d’où elle diffusa ses créations dans toute l’Alsace et au-delà. La demande populaire était alors particulièrement forte en matière d’imagerie, la lithographie n'ayant pas encore été inventée. Les compositions un peu élaborées, comme celle-ci, étaient la plupart du temps copiées sur des gravures popularisant les œuvres des artistes célèbres.
 
   
  Saint Nicolas
Alsace. Vers 1800
Peinture sous verre

La peinture sous verre qui est une des composantes de l’art populaire de l’Europe continentale apparaît en Alsace dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, d’abord apportée par des colporteurs depuis les ateliers de Forêt-Noire, puis fabriquée dans la région. Ces images populaires étaient destinées à orner les murs de la Stube, pièce commune de la maison, et les sujets en étaient essentiellement religieux : les catholiques aimaient avoir près de leur lit l’image de leur saint patron ou de la Vierge protectrice, tandis que les protestants préféraient mettre aux murs des scènes de la vie du Christ. Saint Nicolas est ici représenté avec les trois enfants qu'il aurait, d'après la légende, sauvé du cannibalisme en les retirant d'un saloir.
 
   
  Mizra’h
Alsace. Vers 1820
Encre et gouache sur papier

Cet objet fait partie de l’important dépôt que la Société d’Histoire des Israélites d’Alsace et de Lorraine a fait en 1908 au Musée Alsacien, à la requête de ses directeurs. Il leur avait en effet paru essentiel de réunir au Musée Alsacien des éléments significatifs des trois religions présentes depuis plusieurs siècles dans la région et de montrer que la religion juive était une composante de la vie régionale. En Alsace, jusqu’au XIXe siècle, les communautés juives étaient essentiellement implantées en milieu rural, et par conséquent, étroitement intégrées dans le tissu villageois. La cohabitation entre juifs et chrétiens y était effective, même si elle n’était pas toujours exempte de frictions. Accroché au mur est, à l’intérieur de la maison juive, le mizra’h, "orient" en hébreu, indique la direction de Jérusalem, vers laquelle les juifs se tournent pour prier. Celui-ci est orné d’un bouquet de fleurs dans un vase, thème décoratif extrêmement fréquent dans l’art populaire alsacien. Son utilisation pour un objet religieux juif est révélatrice de l’intégration de cette communauté dans le milieu ambiant.
 
   
  Souvenir de conscription
Strasbourg. 1855
Aquarelle et encre sur papier

A partir de 1818, le recrutement des troupes s'est fait en France par tirage au sort. L’armée demandait un certain nombre de soldats par canton, nombre nettement inférieur à celui de l’ensemble des jeunes gens âgés de vingt ans. Ainsi, en 1855, dans le canton ouest de Strasbourg, seuls les conscrits ayant tiré les soixante-dix-sept premiers numéros allaient être retenus pour le contingent. Léopold Bauer, jeune juif, échappe ainsi au service militaire, dont la durée était alors de sept ans. Comme c'était alors l’usage, il fait réaliser un souvenir de conscription, sorte d’attestation du rite de passage à l’âge adulte. Mais, si les emblèmes patriotiques, drapeau tricolore et aigle impérial, sont habituellement présents sur ce genre d’image, son utilisation comme objet de culte est exceptionnelle. L’inscription hébraïque Shiviti est le début d’une prière, et l’image était sans doute placée sur le mur est de la maison.
 
   
  "Repos de Jésus"
Alsace. XVIIIe siècle
Cire habillée, papier, verre

Autour de la figurine de cire peinte représentant l’enfant Jésus s’organisent toutes sortes d’éléments floraux et animaux faits de tissu, de papier, de cire, de plâtre peint, de verre, sur un fond de papier rocaille semé de paillettes argentées. Des compositions de ce genre des "paradis", des crèches et diverses scènes pieuses étaient confectionnées par certains couvents de femmes. Destinés soit à des pèlerins, soit à d’autres couvents, ces tableaux en trois dimensions, ou "cires habillées", étaient un support essentiel à certaines formes de la méditation religieuse.
 
   
  Dégorgeoir de moulin
Alsace. Fin XVIIIe siècle
Bois sculpté polychrome

Ces masques de bois fixés à la base des moulins artisanaux déversaient le son par leur bouche largement ouverte et étaient fixés devant la caisse où était recueillie la farine. Ils devaient, par leur laideur, repousser les influences maléfiques qui auraient pu s’attaquer à la farine de céréales, aliment de base de l' homme. Le risque était en réalité surtout d'être intoxiqué par un champignon du seigle qui déclenchait une maladie grave, le "mal des ardents".
Très souvent, les figures des dégorgeoirs représentent l’étranger, des monstres de la mythologie antique ou comme ici le diable.
 
   
  Souhait de bonne vie
Knoersheim (Bas-Rhin). 1794
Gouache sur papier

Lors du baptême d’un nouveau-né, son parrain ou sa marraine lui offraient une lettre lui exprimant leurs vœux pour une vie très chrétienne. Ces "souhaits de baptême" étaient le plus souvent ornés de motifs peints à la main, parmi lesquels dominaient le cœur, les fleurs, et les couples d’oiseaux.
Ce texte est une version laïque et républicaine du souhait de baptême. Le citoyen Neunreiter, aubergiste à Wasselonne, souhaite au petit Joseph, "qui a vu ce jour la lumière de la République", beaucoup de bonheur, de santé et de rester toujours "un défenseur de la patrie". A la place des motifs traditionnels figurent ici les emblèmes républicains : le bonnet phrygien (qui a pris la forme d’un bonnet paysan), la cocarde tricolore, les faisceaux de licteurs hérités de la république romaine et le coq, thème qui va rester par la suite le motif populaire associé à la République française.
 
   
  Vœu de baptême
Mulhausen (Bas-Rhin) 1806
Papier découpé (canivet)

En Alsace, l’usage de conserver une image en souvenir d’un moment important de la vie, était particulièrement développé. Les plus anciens de ces documents
sont les lettres de baptême, offerts par la marraine ou le parrain à l’enfant qui vient d’entrer dans la vie. Majoritairement issus des milieux protestants, ces textes souhaitent à l’enfant une vie très chrétienne et font souvent allusion au rachat des péchés par l'eau du baptême. L’austérité du texte est souvent compensée par la gaieté des couleurs et des motifs décorant le document, témoignages de l’art populaire. Certains de ces souhaits sont l’œuvre d’artisans spécialisés, capable d’une grande maîtrise technique et artistique. C’est le cas de ce document, réalisé avec la technique du canivet qui consiste en un découpage au canif des multiples motifs traditionnels agencés avec habilité, puis rehaussés de couleurs.LES ARTISANS
 

LES ARTISANS
 
  Pochoir
Zutzendorf (Bas-Rhin) XIXe siècle
Parchemin découpé

Confectionné dans une ancienne reliure de livre en parchemin, ce pochoir a été découpé au couteau. Le motif représenté est celui, hérité de la Renaissance et très apprécié en Alsace, du bouquet de fleurs dans un vase ou une corbeille. Ces fleurs sont des œillets, plante originaire de l’Inde introduite en Europe au début du XVIIe siècle et tenant sa valeur de sa rareté. L'objet aurait été utilisé par le menuisier Matter de Zutzendorf, qui se chargeait aussi de la mise en peinture des meubles qu'il fabriquait.
Un berceau en bois polychrome conservé au Musée alsacien présente un décor réalisé avec cet objet, qui s’y adapte très exactement. S’il n’est pas fréquent de retrouver des pochoirs, il est encore plus exceptionnel de pouvoir les associer aux meubles qu’ils ont servi à décorer.
 
   
  Statuette de mineur
Sainte-Marie-aux-Mines (Haut-Rhin). XVIIIe siècle
Bois polychrome, minéraux

Cette figurine fait partie d’un ensemble de huit statuettes en bois sculpté et peint représentant des mineurs dans le costume qui était celui de la corporation au XVIIIe siècle. Outre des accessoires caractéristiques comme le casque, le mouchoir de tête (pour la sueur) ou le cuir fessier, l’homme porte ses outils : une pointerolle et une auge remplie de minerai. Sur le socle sont fixés d’autres minéraux provenant vraisemblablement des mines de Sainte-Marie-aux-Mines.
L’exploitation de ces mines d’argent appartenant au duc de Lorraine fut à son apogée au milieu du XVIe siècle, où elles comptaient alors près de 3 000 employés. Au XVIIIe siècle, elle était déjà sur le déclin, avant d’être nationalisée en 1791. L’importance économique et sociale de la corporation des mineurs explique cependant la production de telles œuvres d’art.
 
   
  Enseigne de la pharmacie de la Cigogne
Strasbourg, Grand-rue. Début du XIXe siècle
Bois polychrome

Cette ancienne enseigne de la pharmacie de la Cigogne constitue l’une des rares représentations de cigogne antérieure au XXe siècle. Elle montre l’oiseau dans son environnement naturel, les zones humides de la vallée du Rhin, où il lui est facile de trouver les batraciens qui composent l’essentiel de sa nourriture. Avant 1870, les cigognes nichaient aussi volontiers sur les cheminées de Strasbourg. C’est leur départ, conséquence de l’industrialisation et des transformations de la ville sous l’annexion allemande, qui leur donne soudain valeur de symbole de l’Alsace française. De composante naturelle du paysage alsacien, la cigogne devient alors rapidement un objet folklorique, en particulier du fait de l’utilisation surabondante qu’en a faite le dessinateur satirique Hansi.
 
   
  Verrous de fût
Vignoble alsacien. XVIIIe siècle
Bois sculpté

Les tonneaux de vin sont, en Alsace, l’objet de beaucoup d’attentions et le support de décors souvent emblématiques. Le portillon qui permet d’aller nettoyer l’intérieur du tonneau est maintenu par une barre de bois appelée verrou de fût et très souvent sculptée. Parmi les motifs les plus fréquents figurent ceux qui sont liés à Bacchus et à sa légende. Il s’agit de représentation soit du dieu du Vin lui-même, soit de dauphins et de sirènes qui accompagnèrent Bacchus lorsqu’il fut enlevé par des pirates. La persistance de ce mythe greco-romain rappelle que ce sont les Romains qui introduisirent la vigne en Alsace.
 
   


  Moule à lièvre de Pâques
Alsace. Fin du XIXe siècle
Cuivre embouti

Parmi les traditions liées en Alsace à la célébration des fêtes calendaires, celle du lièvre de Pâques, qui existe aussi dans une partie de l’Allemagne, est singulière. La présence du lièvre en liaison avec une fête du printemps paraît aller de soi, par référence aux ébats de cet animal au mois d’avril, au moment de la lune de printemps. Mais la tradition attribue, ce qui est plus inhabituel, la ponte des œufs de Pâques au lièvre. Cette coutume semble née d’une coïncidence reposant sur l’association fortuite d’éléments liés au renouveau de la vie au printemps que sont l’œuf, symbole de la fécondité et de la résurrection dans l’Europe centrale, et le lièvre, animal qui n’est visible qu’au printemps.
 
©2006 Les Musées de Strasbourg