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Une
histoire mouvementée
Les aléas de lhistoire politique touchent la vie des
musées. La création du Musée des Beaux-Arts
est due à la volonté du gouvernement de Napoléon
Bonaparte. Strasbourg reçut alors un lot dune quarantaine
de tableaux de premier plan. Il sagissait dans un but pédagogique
(former les artistes et les artisans) de répartir dans une
quinzaine de grandes métropoles régionales le surplus
du Louvre. Contrairement aux autres villes bénéficiant
de cet important envoi, peu duvres avaient été
saisies dans les églises ou chez des émigrés.
Cet effort fut bientôt réduit en cendres car la guerre
de 1870 détruisit le musée alors situé dans
lAubette et la totalité des collections de peintures.
Survécut un tableau de Corot acheté dès 1863
par la Société des Amis des Arts. Conscient de ce
drame, lempereur confia un budget à Wilhelm von Bode
(1845-1929), un des plus grands connaisseurs de son temps. En quelques
années Bode constitua le noyau des collections. Profitant
de sa connaissance du marché de lart le directeur du
musée de Berlin établit le programme suivant : «
Pour la capitale dune grande province il faudra veiller à
ce que la majorité des tableaux soit plaisante et compréhensible
à tous ; pour Strasbourg comme ville universitaire, lintérêt
archéologique devra également être pris en considération,
afin que la collection puisse donner, peu à peu, une image
de lévolution de la peinture jusquà lépoque
contemporaine » ; il constitua des séries de tableaux
primitifs et de peintures nordiques du XVIIe siècle. Il suivait
en cela le goût de son époque ... comme une certaine
réticence envers lart français.
Deuxième personnage central dans lhistoire du musée,
Hans Haug (1890-1965) dont le « règne » dura
plus de quarante ans. Haug fut lartisan de la répartition
des musées de Strasbourg. En 1947 le sort sacharna
puisquun incendie détruisit plusieurs chefs-duvre
du musée dont une gigantesque vue de Venise par Guardi et
un beau Cranach. Durant cette période troublée, Haug
reçut des dépôts du Louvre et acheta en 1963
-couronnement de sa carrière- la Belle Strasbourgeoise par
Largillière. Il donna aussi un point fort aux collections
en achetant de nombreuses natures mortes, témoignage du goût
pour les « peintres de la réalité ».
On aurait pu croire le musée des Beaux-Arts dès lors
clos sur ses collections et sur ses orientations mais un hasard
heureux apporta une nouvelle facette. Facette ô combien brillante
et séduisante puisque constituée dune vingtaine
de chefs-duvre de la collection de peinture baroque
italienne (Tiepolo, Ricci, Crespi et Canaletto) dOthon Kaufmann
et François Schlageter. Ces deux strasbourgeois firent deux
donations magnifiques en 1987 et 1994.
Le Palais Rohan
Le palais Rohan de Strasbourg, construit entre 1732 et 1742 daprès
les plans de Robert de Cotte, Premier architecte du Roi, pour le
cardinal Armand-Gaston de Rohan-Soubise, prince-évêque
de Strasbourg fut conçu sur le modèle des grands hôtels
parisiens. Ce palais épiscopal est lune des plus belles
réalisations architecturales du XVIIIe siècle français
tant par lélévation noble et classique de ses
façades que par ses somptueux décors intérieurs.
Construite, décorée et meublée en lespace
de dix années, la demeure se distingue par son exceptionnelle
unité.
Au lendemain de la Révolution, le palais devint résidence
impériale et royale pour entrer, après 1870, dans
une ère nouvelle, celle des musées.
Il abrite depuis le musée archéologique (sous-sol),
le musée des Arts décoratifs (rez-de-chaussée)
et le musée des Beaux-Arts (premier étage).
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