| <-2/2 |
| XVIIIe
SIECLE FRANCAIS | XIXe SIECLE FRANCAIS | PRIMITIFS
NORDIQUES |XVIe SIECLE NORDIQUE | XVIIe
SIECLE FLAMMAND | XVIIe
SIECLE HOLLANDAIS |
|
| XVIIIe
SIECLE FRANCAIS |
| |
 |
|
Nicolas
de Largillière (Paris 1656 – id. 1746)
La Belle Strasbourgeoise
1703
Peinture sur toile, 139 x 106,5 cm
Portraitiste célèbre de la haute bourgeoisie parisienne et protecteur
du jeune Chardin, Largillière, lui même auteur de natures mortes,
a été formé en Flandre où il acquiert une grande
richesse chromatique et un goût prononcé pour le rendu somptueux
des étoffes et des matières. La même attention au réel
caractérise le portraitiste et le peintre de nature morte.
Le costume porté par cette jeune femme est celui du patriciat de la Cité entre
1688 et 1730. Sous Louis XIV ce costume connaît son plus somptueux épanouissement.
Il est composé d’une jupe rouge recouverte d’un grand tablier
noir, de manches larges serrées au coude par des rubans plissés
et terminées par des manchettes de dentelles, d’un buste lacé,
d’un châle blanc bordé de dentelle et surtout d’un extravagant
chapeau garni de dentelle noire. C’est l’étrangeté de
ce chapeau qui a incité l’artiste à en faire le nœud
du tableau.
L’identité du modèle reste encore mystérieuse, vraie
strasbourgeoise, Parisienne portant un costume ou peut être la sœur
du peintre. |
| |
|
|
 |
|
François
Boucher (Paris, 1703 - 1770)
Béthuel accueillant le serviteur d’Abraham
Vers 1725
Peinture sur toile; 100 x 83 cm
Boucher est considéré comme un des géants de la peinture
française du XVIIIe siècle. Il fut le peintre préféré de
Madame de Pompadour et des fastueux financiers de son temps. Il eut tous les
honneurs académiques, finissant sa carrière comme Premier Peintre
de Louis XV en 1765. D’après le texte de la Génèse,
Abraham cherchait une jeune femme digne d’épouser son fils unique
Isaac. Il envoya donc son serviteur Eliézer vers Béthuel, père
de Rébecca. Le moment représenté est celui où le
mariage est accepté par le père de Rébecca et où les
servantes admirent les bijoux donnés à la jeune fille. Ces textes
bibliques offraient l’intérêt de représenter des scènes
orientales rustiques et très pittoresques.
Boucher a sans doute regardé les œuvres des Vénitiens (dont
Véronèse et Ricci) et s’est inspiré de leur style
enlevé et très coloré. Mais bien française est la
manière de traiter le sujet un peu solennellement et de conserver une
certaine réserve dans la touche. Dans cette peinture, une des premières œuvres
du style rococo français, se ressent ainsi le souvenir de l’art
maniériste de l’école de Fontainebleau, celui des peintres
au service de François Ier. |
| |
|
|
|
|
Jean-Siméon
Chardin (Paris, 1699 - 1779)
Plateau de pêches avec noix, raisin, verre de vin et couteau
1758
Peinture sur toile; 38 x 46 cm
La formation de Chardin se fit auprès de peintres d’histoire. Cependant
l’exemple d’Oudry le poussa à se perfectionner dans la nature
morte. Largillière l’encouragea et appuya en 1728 sa candidature à l’Académie
royale de peinture et de sculpture où, cas rarissime, il fut agréé et
reçu le même jour.
Mieux que quiconque, Chardin sut rendre l’aspect velouté des fruits.
Il se limita à un répertoire simple de fruits et d’ustensiles,
prétextes à ses prouesses dans le rendu du clair-obscur, des reflets,
des transparences, des matières comme dans l’harmonie des couleurs.
Ce qui explique la juste remarque de Gide en 1937 : «Là du moins
j’étais bien certain de n’admirer que la peinture».
Cette nouveauté fut admirée de son temps.
Selon son contemporain Diderot, Chardin est un «grand homme» et un «magicien»: «Le
faire de Chardin est particulier. Il a de commun avec la manière heurtée
que de près on ne sait ce que c’est, et qu’à mesure
qu’on s’éloigne l’objet se crée et finit par être
celui de la nature ; quelquefois il vous plaît également de près
et de loin.» |
| |
|
|
 |
|
Philippe-Jacques
de Loutherbourg
(Strasbourg, 1740 - Londres, 1812)
Clair de lune
1777
Peinture sur toile; 56,5 x 72 cm
Dès le Salon de 1763, le peintre fut acclamé par ses contemporains
et célèbre dans l’Europe entière pour sa virtuosité,
sa fougue et sa célérité. Dans son panorama morose de la
peinture française de son temps, en 1767, Diderot mettait son espoir en
Loutherbourg: «Grand, très grand artiste, presque en tout genre.
Il a fait un chemin immense, et l’on ne sait jusqu’où il peut
aller!»
Présenté à l’exposition de la Royale Academy en 1778,
ce Clair de lune a été peint en Angleterre où l’artiste
dut s’établir à partir de 1771. Ici il ne s’agit aucunement
d’une représentation stricte de la nature mais d’une scène
artificielle composée en atelier à partir d’éléments
observés. C’est que Loutherbourg a voulu démontrer sa science
dans le rendu d’un nocturne. La lumière est le vrai sujet de ce
tableau. Loutherbourg sait restituer les reflets différents de la lune
et du feu de camp. L’observation de la lumière était à la
fois au cœur des préoccupations de la science optique et des intérêt
occultistes qui passionnèrent cet artiste qui se voulut toujours plus
qu’un simple paysagiste. De là son ambition d’aborder de nouveaux
domaines mais aussi d’apporter à des sujets habituels une dimension
nouvelle.
Ce tableau semble résumer autant le caractère de l’individu,
homme des Lumières et artiste préromantique, que son œuvre
protéiforme, faite de virtuosité et d’expérimentation
sincère. |
| |
|
|
 |
|
Antoine
Watteau
(Valenciennes, 1684 - Nogent-sur-Marne, 1721)
L’écureuse de cuivres
Vers 1709-10
Peinture sur toile ; 53 x 44 cm
On ne soulignera jamais assez que la formation de Watteau, né à Valenciennes,
fut essentiellement flamande. L’œuvre du musée en est la parfaite
illustration. S’inscrivant dans sa période de jeunesse, L’écureuse
de cuivres est une peinture atypique dans son œuvre. Le sujet est parfaitement
trivial et le tableau semble un pastiche d’après des peintures semblables
de Kalf. L’accrochage de cette peinture de Watteau au sein de la section
nordique ne choque pas et permet au contraire des comparaisons fructueuses, tant
dans les points communs que dans les différences.
Watteau est ici à la recherche de sa technique, étudiée
d’après les maîtres flamands et hollandais mais aussi italiens
et français de la couleur, et montre déjà sa virtuosité.
Ce n’est plus un débutant mais il est encore en quête du genre
qui lui permettra d’exprimer au mieux sa personnalité et de se forger
une clientèle. Avec ce tableau, nous possédons aussi la plus achevée
des natures mortes de Watteau. Le peintre montre sa sensibilité dans le
traitement du ciel et le rendu des reflets métalliques des cuivres et
des étains comme des étoffes. Passant du registre trivial à celui
de la société raffinée, Watteau ne perdit pas son sens de
l’observation et de sa poésie. |
|
| XIXe
SIECLE FRANCAIS |
| |
|
|
 |
|
Théodore
Chassériau (Saint-Domingue1819 – Paris 1856)
Mazeppa
Vers 1851
Peinture sur toile, 66 x 53 cm
La légende raconte que Mazeppa a été surpris en flagrant
délit d’adultère par un polonais jaloux. Celui-ci l’aurait
attaché nu sur un cheval sauvage qui l’a emporté jusqu’en
Ukraine.
Réinterprétant à sa manière le poème de lord
Byron, Chassériau a choisit de montrer dans ce tableau l’issue presque
fatale d’une longue course effrénée. Il s’attache à dramatiser
et à poétiser la scène: l’œil noir et grand ouvert
du cheval, le geste impuissant de Térésa et l’envol des oiseaux
de proie dans un ciel obscurci contribuent à rendre un sentiment ambigu
mêlant charme, grâce et douleur.
L’œuvre de petite taille est remarquablement construite par des jeux
de lignes, au service d’«une expression plastique à la mesure
de son thème grandiose» (Henri Zerner). |
| |
|
|
 |
|
Théodore
Chassériau (1819-1856)
Intérieur de harem, Femme de Constantine sortant du bain
1854
Peinture sur toile, 66 x 53,5 cm
Chassériau est l’un des peintres français les plus marquants
du milieu du XIXe siècle. L’intérieur de harem fait partie
du legs du baron Arthur Chassériau au Musée des Beaux-Arts de Strasbourg
en 1934, legs qui comporte aussi une toile et deux esquisses. Il constitue l’une
des expressions les plus séduisantes du goût orientaliste de l’époque,
ainsi que la vogue croissante de ces nudités sensuelles auxquelles devait
tant se complaire, sous les prétextes les plus divers, l’art de
la seconde moitié du XIXe siècle. |
| |
|
|
 |
|
Jean-Baptiste
Camille Corot (1796-1875)
L’Etang de Ville-d’Avray
Peinture sur toile, 47,5 x 68 cm
Fondée en 1832, la Société des amis des arts de Strasbourg
(aujourd’hui Société des amis des arts et des musées)
s’engagea dès l’abord dans une politique d’acquisition
d’œuvres d’artistes contemporains. Qu’elle ait eu le discernement
de s’adresser en 1863 à J.-B. Camille Corot (qui ne devait jamais
cesser d’être considéré comme l’un des plus grands
peintres de son siècle, contrairement à d’autres alors au
faîte de la gloire) et de lui acheter cet Etang de Ville-d’Avray, œuvre
importante du maître tant par son format que par sa qualité, ceci
s’avère rétrospectivement l’acte le plus brillant de
cette politique et la preuve tangible de sa validité.
Fleuron de la collection de la Société, l’Etang de Ville-d’Avray fut
confié en dépôt au Musée des Beaux-Arts. Il reste
aujourd’hui l’une des œuvres majeures de l’ensemble de
peinture du XIXe siècle que présente le musée, dont celles
de Courbet, Delacroix, Th. Rousseau et Chasseriau. |
| |
|
|
 |
|
Georges
Michel (1763-1843)
L’Orage
Vers 1830
Peinture sur toile, 48 x 63 cm
L’Orage est l’un des trois tableaux que le musée des Beaux-Arts
possède de Georges Michel, le plus important paysagiste du romantisme
français. Mais tandis que les deux autres tableaux illustrent l’influence
que Michel reçut en ses débuts des paysagistes hollandais du XVIIe
siècle (qu’il connaissait très bien grâce à ses
travaux de restaurateur au musée du Louvre), L’Orage est révélateur
de l’étonnante modernité qui se fait jour dans son œuvre
tardive. Bien au-delà du réalisme de l’école de Barbizon,
ce sont les paysages expressionnistes de Nolde ou de Permeke qui semblent ici
préfigurer. |
|
| PRIMITIFS
NORDIQUES |
| |
|
|
 |
|
Lucas
de Leyde (Leyde, 1494 ? - 1533)
Les Fiancés
Vers 1525
Peinture sur bois; 28 x 33,5 cm
Lucas de Leyde est un des artisans majeurs de la Renaissance dans le nord de
l’Europe. Dans son œuvre, on décèle une synthèse
des acquis de la Renaissance italienne et des innovations propres à la
peinture septentrionale.
Quelle intention faut-il voir dans le tableau exposé à Strasbourg,
une de ses meilleures peintures de genre? On y voit un homme passant une bague
au doigt d’une jeune femme. Deux éléments viennent troubler
cette scène apparemment charmante. D’abord, l’homme semble
nettement plus âgé que sa fiancée. Mais surtout, conformément à la
mentalité misogyne de l’époque, la femme est mise en valeur
par sa représentation de face et par le geste de supériorité qu’elle
arbore. La main comme le regard qu’elle pose sur l’homme témoignent
bien du fait « qu’elle a le dessus ». Portrait de fiançailles
ou satire ? En effet le tableau peut se lire comme la représentation d’un
mariage mal assorti, à cause d’une trop grande différence
d’âge, voire de condition sociale. Son regard à la force de
celui d’une Eve moderne. Il s’agirait donc d’une mise en garde
contre l’inversion des valeurs «naturelles» à cette
date, à savoir la hiérarchie entre l’homme et la femme. |
| |
|
|
 |
|
 |
| |
|
|
Simon
Marmion
(Amiens ?, né vers 1420 –Valenciennes, 1489)
Vierge de douleur
Vers 1460
Peinture sur bois ;
43 x 29 cm |
|
Simon
Marmion
(Amiens ?, né vers 1420 –
Valenciennes, 1489)
Christ de Pitié
Vers 1460
Peinture sur bois ;
43 x 29 cm |
| |
|
Simon
Marmion est un des plus importants peintres aux origines de la
peinture nordique. Il n’est pas seulement l’auteur
de peintures de chevalet
; l’un de ses contemporains l’appela le «prince de l’enluminure».
Cette paire montre le Christ et sa mère figurés en buste. Le Christ
est présenté comme un Ecce Homo, mais après le supplice
de la crucifixion. La Vierge apparaît en Mater Dolorosa. A l’imitation
du Christ, elle souffre et sa souffrance participe à la rédemption
ou, tout du moins, montre son rôle d’intercesseur privilégié entre
l’humanité et Dieu.
Ces deux peintures ont été créées non comme des pendants
séparés mais pour former un diptyque. Elles pouvaient donc voyager
facilement et s’ouvrir pour servir de support à la prière,
dans un contexte intime. Les deux œuvres forment un tout et doivent être
vues en regard l’une de l’autre. Les regards font aussi le lien entre
la Vierge et l’Homme de Douleur. Aucune narration n’est indiquée
ni suggérée. Comme dans les icônes, seule compte la force
des images. Il s’agissait dans la sphère privée d’imiter
le Christ. Ceci explique la grande proximité voulue entre l’image
et le spectateur et la présence de ces images. |
| |
|
|
 |
|
 |
| |
|
|
 |
|
 |
| |
|
|
| |
|
Hans
Memling
(Seligenstadt am Main, vers 1435 - Bruges, 1494)
Polyptyque de la Vanité et de la Rédemption terrestre
Vers 1490
Peinture sur bois: 6 panneaux; 20 x 13 cm (chacun)
Né en
Allemagne, Memling est un des fondateurs de l’école de
Bruges où il s’installa. Il y créa un art fait
d’élégance, de clarté et d’équilibre.
Sa renommée s’étendit de son vivant à l’Italie
avant de culminer au temps du Romantisme.
Dans le Ciel est représenté le Christ en gloire, le Salvator
Mundi. La Vanité est figurée par une jeune femme tenant un
miroir. Cette figure nue est la plus célèbre du polyptyque, bien
que la présence de sandales à ses pieds intrigue. Les deux lévriers
qui l’accompagnent ont une symbolique érotique, renforçant
la force de ce nu. Son miroir est emblème de Luxure. Il faut y voir une
réminiscence d’Eve, ou de Bethsabée, à la source du
péché et elle doit être mise en relation avec le transi de
la Mort.
Memling a le talent raffiné d’un miniaturiste dans le traitement
des détails mais aussi le souffle et l’ampleur pour aborder la mort
et son spectacle désolant. La lecture se fait pas à pas, de l’exhortation à fuir
les bien tentants plaisirs terrestres pour atteindre le Jugement dernier et éventuellement
le Paradis. A côté du Salvator Mundi, l’Enfer perd
de son caractère effroyable. Mais la méditation moralisante sur
la mort et le salut éternel n’excluaient ni la contemplation des
activités terrestres ni la fierté de son commanditaire. |
|
| XVIe
SIECLE NORDIQUE |
| |
|
|
 |
|
oachim
Beuckelaer
(Anvers, vers 1530 - 1573 ou 1574)
Le Marché aux poissons
1568
Peinture sur bois; 119 x 165 cm
L’artiste est un jalon fondamental dans la naissance de la nature morte
qui, peu après 1568 (date de ce tableau), deviendra définitivement
un genre à part entière. Car la nature morte est d’abord
née en marge de la peinture religieuse. Ce tableau en témoigne
puisque l’on distingue en haut à gauche comme une possible scène
de pêche miraculeuse. Mais la scène de l’Evangile est désormais
secondaire et c’est bien l’étal de poissonnier dans un marché anversois
du milieu du XVIe siècle qui devient le vrai sujet. Beuckelaer offre une
description naturaliste de son sujet : il se dégage une impression de
vulgarité de l’ensemble, tant dans les traits des personnages que
dans l’acidité des coloris.
Si on se contentait d’admirer le naturalisme de l’artiste, on passerait à côté d’une
part importante du message tel que le concevait les contemporains de Beuckelaeur.
L’œuvre renseigne en effet sur les mentalités et les attentes
des commanditaires du peintre. Les contemporains du peintre se rassuraient devant
ce spectacle de la fertilité de leur cité. A ce message civique
se superpose à une veine plus moralisatrice. A l’époque,
le marché était un lieu de moralité douteuse et des femmes
de mauvaise vie s’en servaient comme alibi pour dissimuler leur activité de
prostituées. De sorte qu’il convient de revenir à la scène évangélique
du fond. Le tableau n’est donc plus seulement un prétexte ou un
renvoi à la fertilité contemporaine, mais il est aussi une admonestation
contre la dissolution des mœurs et un appel à une vie conforme aux
Evangiles. |
| |
|
|
 |
|
Maarten
van Heemskerck
(Heemskerck, 1498 - Haarlem, 1574)
Adam et Eve
Vers 1550
Peinture sur bois; 117,5 x 50 cm
Si le thème d’Adam et Eve est bien connu, celui de Gédéon
mérite quelque éclaircissement. L’Ancien Testament raconte
comment Dieu, ayant confié au héros Gédéon la mission
de libérer Israël du joug des Madianites, lui manifesta sa présence
grâce au miracle de la toison. Les théologiens du Moyen Age ont
fait de la toison l’image de la maternité de la Vierge en qui l’Esprit
Saint place l’Enfant Jésus. Les deux volets se répondent
parfaitement car la Vierge est la nouvelle Eve qui, par la naissance du Christ,
délivra l’humanité du péché originel.
Heemskerck fut en son temps le peintre de Hollande le plus italianisant. Durant
son séjour italien, il dessina d’après les antiques et fut
l’un des premiers peintres du Nord à être frappé par
la poétique des ruines et devint maniériste dans le sillage de
Michel-Ange. Dans l’esprit de la Renaissance l’étude de l’anatomie
humaine était prépondérante pour un artiste. Les maniéristes
ont raffiné sur l’étude du corps, à partir du modèle
vivant et des œuvres d’art, afin de montrer leur virtuosité mais
aussi à des fins expressives. Ce qui expliquerait la manière très
ostentatoire, voire agressive, qu’à Heemskerck de représenter
les corps. Contrairement aux artistes italiens si influencés par l’Antiquité,
dans la culture du Nord, le corps nu fut longtemps objet de honte. |
| |
|
|
 |
|
Maarten
van Heemskerck
(Heemskerck, 1498 - Haarlem, 1574)
Gédéon
Vers 1550
Peinture sur bois; 117,5 x 50 cm
|
|
| XVIIe
SIECLE FLAMMAND |
| |
|
|
 |
|
Jacob
Jordaens (Anvers, 1593 - 1678)
La Pêche miraculeuse
Vers 1618-1620
Peinture sur bois; 75 x 104 cm
Dès 1615, Jordaens est franc maître avant d’entrer de manière
régulière dans l’atelier de Rubens. A ce dernier, grand seigneur
humaniste et adulé des cours européennes, on peut opposer un Jordaens
plus bourgeois, voire populaire. C’est seulement après la mort de
son maître que Jordaens diversifia son inspiration ; il s’adonna à une
manière toujours moins dessinée, plus « picturale » et
laissa deviner son adhésion à la Réforme.
Dans ce tableau Jordaens se reconnaît à un coloris d’ensemble
plus rougeoyant et une manière plus insistance que Rubens, ou -pour le
dire autrement- par une délicatesse moindre. Ce manque d’élégance
des figures est ici parfaitement accordé au sujet tiré du Nouveau
Testament. On reconnaît ici saint Pierre, à genoux au centre, et
ses compagnons s’affairant après le miracle (le Christ n’est
pas figuré). Saint Pierre trouve dans la gueule d’un poisson le
montant de l’impôt exigé par les Romains. Jordaens a réussi à donner à l’ensemble
une effet d’ondulation qui permet de relier habilement les figures. De
celles-ci émane une forte impression de force physique. Les pêcheurs
sont décrits sans fard et Jordaens a sans nul doute eu l’occasion
de prendre sur le vif les traits et les anatomies de ces travailleurs de la mer.
Cette recherche de l’expression, de son adéquation au decorum et à la
scène à représenter, était une des plus hautes ambitions
des peintres d’histoire. |
| |
|
|
 |
|
Pierre-Paul
Rubens
(Siegen (Westphalie), 1577-Anvers, 1640)
La Visitation
1611-1612
Peinture sur bois; 30 x 26 cm
Ce tableau est l’esquisse pour le volet gauche du triptyque commandé en
1611 par la guilde des Arquebusiers afin de décorer leur chapelle de la
cathédrale d’Anvers. Bien que jeune, Rubens fut choisi du fait de
sa réputation, croissante depuis le retour de son long séjour italien
auréolé de succès. Ce triptyque, encore en place, comprend
au centre une Descente de croix, encadrée de la Visitation et
de la Présentation au temple. Il s’agit d’une des œuvres
majeures de Rubens, une de celles qui lui servit à affirmer sa supériorité.
Le thème de l’esquisse est celui de la rencontre des deux cousines,
la Vierge Marie et sainte Elisabeth, accompagnées de leurs époux.
Alors que la Vierge est en visite chez sa cousine enceinte du futur saint Jean-Baptiste,
celui-ci tressaille dans le ventre de sa mère, et par là annonce la
future naissance du Christ. La Vierge entonne ensuite la Magnificat,
cantique d’action de grâce.
Le goût moderne se porte délibérément vers l’esquisse
: pour sa fraîcheur, sa liberté mais aussi par l’assurance
d’avoir en face des yeux une œuvre sortie entièrement de la
main du maître. |
| |
|
|
 |
|
Antoon
van Dyck
(Anvers, 1599 - Blackfriar's (Londres), 1641)
Portrait présumé de Luigia Cattaneo Gentile
Vers 1622
Peinture sur toile ; 147 x 112 cm
On ne redira jamais assez combien l’Italie du premier tiers
du XVIIe siècle fut un creuset artistique extraordinaire. Après
Rome, le séjour à Gênes, foyer aristocratique et port de
commerce international, était une des étapes du voyages en Italie.
Il était alors généralement admis que seuls les peintres
nordiques étaient capables de réaliser des portraits ressemblants.
Un moment attribué, du fait de sa très haute qualité, à Rubens,
le portrait exposé est un des tous premiers conservés de la période
génoise de Van Dyck. Van Dyck a su admirablement restituer l’élégance
empreinte de morgue des familles génoises et l’expression hautaine
du modèle. L’essentiel réside certes dans la fidélité des
traits mais aussi dans le rendu magnifique des mains et l’allure d’ensemble
du portrait.
Flamand par son naturalisme, ce portrait ouvre magistralement la série
des effigies mondaines que Van Dyck répandit à travers l’Europe.
C’est qu’en véritable artiste européen, Van Dyck, allia
au robuste fond flamand, une spezzatura (désinvolture) typiquement
italienne ainsi que la leçon des merveilleux coloristes vénitiens
du XVIe siècle. |
|
| XVIIe
SIECLE HOLLANDAIS |
| |
|
|
 |
|
Reyer
Jacobsz. Van Blommendael (attribué à)
Inscrit à la guide de Saint Luc de Haarlem en 1662 - Haarlem 1675
Socrate, ses deux épouses et Alcibiade
Peinture sur toile, 210 x 198 cm
Reyer Jacobsz. van Blommendael, longtemps resté inconnu, est un des grands
représentants harlémois de la peinture d’Histoire. On lui
connaît quelques œuvres dont Jésus au jardin des oliviers (Alte
Pinakothek, Münich), Pâris et Œnone (Palais des Beaux-Arts,
Lille) tous les deux signés, et, Loth et ses filles (Musée
des Beaux-Arts, Dunkerque), Phryné devant ses juges (Musée
Denon, Chalon-sur-Saône) qui lui sont attribuées.
C’est avec beaucoup de discernement que fût acquis par Hans Haug
en 1934, Socrate, ses deux épouses et Alcibiade, œuvre
dont il faut souligner la qualité d'exécution et la rareté de
l'iconographie.
Le sujet, insolite et complexe, est tiré de Doctrines et sentences
des philosophes illustres de Diogène Laërce (Livre II) et met
en scène le philosophe Socrate.
Socrate est assis sur le perron de sa maison et s’appuie du coude sur une
pierre où est gravé le fameux précepte Connais-toi toi-même.
Derrière lui, Xanthippe sa première épouse, se penche à la
fenêtre la poitrine offerte, et lui verse sur la tête le contenu
d’une cruche. Dans l’encadrement de la porte, Myrtonne la seconde épouse,
tente elle aussi de le sortir de sa réflexion en lui dévoilant
un sein. Socrate reste indifférent aux provocations de ses deux femmes
et regarde arriver son jeune disciple, Alcibiade, accompagné de son chien.
L’allusion à la bigamie de Socrate découle d’une interprétation
des textes antiques et la symbolique qui s’en dégage était
connue de tous les érudits contemporains de l’artiste. Le thème
de Socrate et de ses deux épouses, et plus communément de la scène
de ménage entre le philosophe et sa première épouse, évoquait
de manière allégorique la vertu de la Patience. Le caractère
placide de Socrate était, en effet, aussi célèbre que la
mauvaise humeur de Xanthippe était proverbiale dans toute l’Antiquité.
D’abord attribué par erreur à Jan Victors puis pendant de
très longues années à Cesar van Everdingen (1606-1678) , Socrate,
ses deux épouses et Alcibiade a été redonné depuis
peu à Reyer Jacobsz. van Blommendael, un autre peintre de Haarlem. Le
tableau de Strasbourg est pour Leonard J. Slatkes et d’autres scientifiques,
un travail caractéristique de Blommendael. On y retrouve des affinités
formelles avec quelques-unes de ses œuvres: le même modèle
féminin, le modelé rond et lisse des visages, la lumière
blonde et douce, l’allure sculpturale et monumentale des personnages et
une mise en scène théâtrale, typique des peintures à sujets
historiques, qui utilise habilement le format vertical. |
| |
|
|
 |
|
Aelbert
Cuyp (Dordrecht, 1620 – 1691)
Paysage fluvial
Vers 1642
Peinture sur bois, 49 x 75 cm
Elève et collaborateur de son père, Albert Cuyp fut surtout un
peintre de paysages. Dominées par une monochromie de tons bruns ou verts,
ses premières peintures se rattachent au style de Jan van Goyen. Rapidement,
il subit l'influence des peintres italianisants d'Utrecht. Ses compositions sont
alors baignées d'une chaude lumière et comme enveloppées
d'une atmosphère diaphane. Les meilleures œuvres de Cuyp restent
ses paysages où le traitement un peu malhabile des figures disparaît
sous le halo de la lumière toute méridionale dont il les nimbe,
comme en témoigne aussi "Le Paysage avec ruine", autre œuvre
de l'artiste conservée au Musée des Beaux-Arts.
Ce paysage fluvial est saisi au tournant d'une large rivière bordée
de maisons. Quelques éléments topographiques - clochers et moulins, évoquent
la ville d'Utrecht vue depuis Le Vecht. Sans animer pour autant le paysage, de
rares figures s'adonnent paisiblement à la pêche ou à la
promenade. Le regard est attiré par la zone la plus lumineuse du tableau:
celle qui suit sans transition la bande horizontale très sombre du premier
plan. La présence de cavaliers sur le chemin de halage, les barques vues à contre-jour
ou se confondant presque avec l'eau sont presque imperceptibles. La palette de
Cuyp est réduite à des teintes brunes et ocres, mêlées
de gris subtils. Les zones frappées par la lumière sont rendues
par
des touches plus épaisses et moins précises qui restituent bien
la vibration de l'air. En reliant la berge de gauche à celle de droite,
Cuyp ferme l'horizon, emprisonnant notre regard à l'intérieur de
l'espace le plus clair. |
| |
|
|
 |
|
Allaert
van Everdingen
(Alkmaar, 1621 - Amsterdam, 1675)
Paysage de Norvège
Peinture sur toile, 134 x 160 cm
Van Everdingen fut probablement l'élève de Roland Savery à Utrecht.
Après ses voyages en Suède et en Norvège, qui marquèrent
profondément son imaginaire, il s'inscrivit à la guilde de Haarlem,
en 1645, puis s'établit à Amsterdam en 1651. Van Everdingen a introduit
les montagnes scandinaves dans la tradition du paysage hollandais. Mais il a
laissé aussi quelques belles marines. Il exerça une certaine influence
sur Jacob van Ruisdaël.
Un château perché sur un rocher domine le paysage où coule
un torrent. Des arbres se découpent sur un ciel nuageux. Devant la maison, à gauche,
paissent des moutons. A droite, au premier plan, on voit un homme dessiner.
Van Everdingen a sans doute développé au contact de paysages étrangers
et lointains, son goût pour la nature grandiose où la figure humaine
devient tout à fait secondaire.
C'est une relation tout à fait romantique avec la nature que transmettent
les œuvres de Van Everdingen, précisée dans celle-ci par la
présence de l'homme dessinant, et préfigurant, par certains aspects,
l'art d'un Caspar David Friedrich. |
| |
|
|
 |
|
Willem
Claesz Heda (Haarlem 1594 – id. 1682)
La Tourte au cassis
1641
Peinture sur bois, 60 x 77 cm
Les natures mortes de Willem Claesz Heda consistent presque exclusivement en
d’austères collations, ici un repas interrompu. L’art de Heda
est fondé sur l’harmonie des gris (argenterie) et des blancs (nappe
et verres) relevée par une touche plus colorée: le jaune d’un
citron entamé par exemple. L’effet est produit par un raffinement
des valeurs, des demi-teintes, des transparences sur un seul ton.
Sur un coin de table recouvert d’une nappe blanche partiellement repliée
sont posés: trois verres de formes différentes, un gobelet d’orfèvrerie
et un nautile, un
coquillage, monté en argent est renversé sur une assiette où un
couteau voisine avec une rondelle de citron. A l’extrême gauche, à côté de
deux noisettes, un citron à demi pelé laisse pendre en spirale
sa pelure introduisant un élément de dynamisme. Tandis qu’à droite,
une tourte au cassis est laissée entamée sur un plat d’argent.
Ces objets sont les témoins des plaisirs de la vie mais aussi une allusion
symbolique à la fuite du temps… comme à la virtuosité du
peintre. |
| |
|
|
 |
|
Pieter
de Hooch (Rotterdam 1629 - Amsterdam 1684)
Départ pour la promenade
Peinture sur toile, 72 x 85 cm
C’est au XIXe siècle, grâce à un regain d’intérêt
des collectionneurs pour les peintres intimistes hollandais que Pieter de Hooch
est sorti de l’oubli comme de nombreux autres artistes tels que Johannes
Vermeer.
Après une période d’apprentissage dans l’atelier de
Nicolaes Berchem à Haarlem où il peint des scènes de taverne
ou de corps de garde, Pieter de Hooch part travailler quelques temps à Leyde
puis à Delft où il est membre de la guilde de St Luc en 1655. Il
y séjourne jusque dans les années 1660 et réalise à cette
période la plus belle et intéressante partie de son œuvre.
Il se consacre à la figuration de scènes domestiques et galantes.
Sa palette s’étoffe et se réchauffe et c’est à cette
même époque qu’il se montre préoccupé par la
représentation de l’espace. En 1662, Pieter de Hooch s’installe à Amsterdam
et y demeure jusqu’à sa mort. Vers 1670, sa peinture et sa facture évoluent;
les représentations d’intérieur intimistes et silencieuses
laissent la place à des intérieurs pompeux et luxueux, à un
art presque trop compliqué.
Un couple de bourgeois se promène dans une galerie de la Salle des
citoyens de l’Hôtel de Ville d’Amsterdam. Ils sont accompagnés
d’une nourrice qui porte dans ses bras leur nouveau-né et d’un
chien qui semble les attendre dans sa marche.
Derrière eux, deux baies cintrées séparées par le Mercure d’Artus
Quellinus laissent entrevoir un escalier pour l’une, et, un intérieur
domestique pour l’autre. Le caractère intime de cette pièce
crée une opposition radicale avec l’architecture imposante du bâtiment.
Cet appartement est une fiction que l’on doit, semble-t-il, à un
restaurateur du XIXe siècle. À l’entrée de celui-ci,
on distingue encore nettement une silhouette noire plaquée sur les éléments
d’architecture, comme un fantôme prisonnier de la couche picturale, qui
semblait primitivement figurer un homme vêtu d’une cape et d’un
chapeau. Cette figure a été ajoutée probablement au début
du XXe siècle par un amateur insatisfait de la composition originelle.
Quand le tableau est passé en vente en 1827, les écrits évoquaient
la présence d’un second homme à l’arrière-plan;
il semblait alors apparaître distinctement. Pourtant en 1854, lorsque G.
Waagen décrit la peinture de Strasbourg, il ne mentionne nullement cette
silhouette noire mais parle de la petite pièce visible à l’arrière
de la scène. C. Brière Misme suggère en 1948 la possibilité que
cet intérieur fût ajouté par après par un restaurateur
voulant probablement cacher la figure apocryphe. Il tenta d’abord de gommer
ce personnage, mais comme son ombre persistait, il décida de le recouvrir à moitié par
divers éléments comme le coffre et la chaise; pour cet intérieur,
il s’inspira de La lecture de Pieter Janssens Elinga (Alte Pinakothek,
Münich).
Départ pour la promenade se distingue tout particulièrement
par un éclairage étonnant qui suppose plusieurs positions
du soleil. Véritable maître en la matière, Pieter de
Hooch joue avec différentes sources lumineuses. Deux taches de lumière
frappent tout d’abord le couple au-dessous des épaules, éclairant
avec brillance leurs vêtements, puis heurte le pilier de droite sous
la forme d’un cercle de lumière. Une seconde source lumineuse
plus diffuse et plus naturelle entre dans la pièce arrière
par la fenêtre.
Tous les éléments, iconographiques comme stylistiques, concourent à situer
l’œuvre dans les premières années amstellodamoises de
Pieter de Hooch, entre 1663 et 1665; une série de peintures réalisées à cette
même période a également pour décor l'Hôtel
de ville d'Amsterdam. |
| |
|
|
 |
|
Willem
Kalf (Rotterdam, 1619 - Amsterdam, 1693)
Nature morte
Peinture sur toile, 50 x 40,7 cm
Après avoir travaillé à Paris de 1640 à 1646, Kalf
retourne en Hollande et s'installe à Amsterdam en 1653. Il commence par
peindre des cuisines et autres intérieurs rustiques, puis des compositions
remplies de pièces d'orfèvrerie, de coquillages, d'armes… Plus
tard, il se rendit célèbre par des natures mortes moins chargées,
aux tons précieux sortant d'un clair-obscur à la Rembrandt.
Le musée de Strasbourg conserve quatre peintures de Willem Kalf. Le vieux
puits et L'intérieur de grange, peints dans des camaïeux
de bruns, appartiennent à sa première période. Tandis que La
Nature morte au Nautile et cette Nature morte sont des œuvres
plus tardives.
Emergeant mystérieusement d'un fond presque noir, un grand verre à pied
orné de grappes de raisin est posé sur un plateau d'argent, avec
un citron à l'écorce à demi déroulée d'où semble émaner
la lumière qui éclaire l'ensemble de la composition, une orange,
un couteau au manche de cristal, deux noisettes, un pépin même,
le tout sur une table en marbre qui disparaît à droite sous les
plis d'un tapis d'Orient.
Willem Kalf montre une incomparable virtuosité technique qui met en évidence
et différencie la qualité des matières figurées à travers
la délicate diffusion de la lumière et le jeu très serré des
reflets et des transparences. Selon toute probabilité, Kalf a utilisé la
caméra obscure pour ses esquisses préalables, ce qui lui a permis
de pratiquer une étude précise des effets de lumière et
de couleur.
Précision et préciosité du savoir-faire comme du choix des
sujets représentés et de ceux-ci même, s'opposent et s'allient
tout à la fois à une utilisation de la lumière qui dissout
la matérialité des différents éléments. Dépassant
leur statut propre, ils deviennent des fragments plus ou moins lumineux qui éclaircissent
de leur intérieur l'obscurité, état universel du monde. |
| |
 |
|
Michiel
van Limborgh (Actif 1636 – 1679)
Nature morte de chasse
Peinture sur toile, 111 x 89 cm
La biographie de Michiel van Limborgh est encore aujourd’hui très
lacunaire. Nous n’avons pas de renseignement concernant ses lieux et dates
de naissance et de mort, mais nous savons qu'il fut actif pendant la seconde
moitié du XVIIe siècle par les quelques traces qu'il laissa au
cours de ses voyages. Nombre de ses œuvres restent à identifier.
Outre des natures mortes, il peignit aussi des portraits de groupe, des peintures
de genre et des intérieurs.
Ce grand tableau regroupe dans la plus pure tradition des peintures cynégétiques
quelques pièces de gibier exhibées en attente d’être
préparées.
Devant une niche de pierre, sur le rebord de laquelle gisent un lapin de garenne
et une perdrix grise, se déploie une buse variable accrochée en
trompe-l’œil par une patte. Son aile se déroule devant le corps
tel un éventail et dissimule entièrement sa tête. Le lapin
de Garenne est étendu sur le rebord de pierre, la tête posée
sur le flanc de la perdrix. La partie inférieure de son corps repose sur
une étoffe de soie bleue frangée d’or, une sorte de gibecière
qui servit probablement au transport des cadavres. À côté,
un cor évoque la technique de chasse pratiquée précédemment.
Le motif illusionniste du gibier mort pendu par les pattes connu un succès
considérable au sein de l’école batave dès la seconde
moitié du XVIIe siècle. Hérité des natures mortes
de chasse des peintres baroques anversois tels que Frans Snijders ou encore Pieter
Boel, dont s’inspire ici tout particulièrement Michiel van Limborgh,
ce thème fut répandu par les artistes hollandais dans un style
beaucoup plus dépouillé typique de leur art.
La facture est fouillée et raffinée, particulièrement dans
le rendu illusionniste du plumage de la buse, dans celui du pelage du lapin ou
encore dans la figuration de l’étoffe de soie. L'artiste ne cherche
pas à exhiber les dépouilles de quelques pièces de gibier
ramenées de la chasse, mais s’efforce bien au contraire à rendre à ces
animaux morts toute leur majesté au travers d'une peinture soignée
et élégante. |
| |

 |
|
Jan
Antonisz Van Ravensteyn
(La Haye, vers 1570 – 1657)
Portrait d'homme et Portrait de femme,
1636
Peinture sur bois, 70 x 62 cm chacun
Parmi les meilleurs portraitistes hollandais du premier tiers du XVIIe siècle,
Van Ravensteyn se spécialisa dans la représentation officielle
de notables. A part de courts séjours à Delft et en Italie, il
travailla surtout à La Haye.
Des contrastes marqués sur le plan pictural, traduisant celui du symbolique,
en chacun d'eux et entre eux, assurent à ces deux portraits une forte
présence qui leur permet de dépasser le côté conventionnel
du genre.
L'homme regarde le spectateur, avec assurance et sérénité;
la dentelle empesée de son costume n'est qu'un signe de sa position sociale,
contrairement à la fraise érigée en carcan de son épouse
qui semble être beaucoup plus qu'un accessoire vestimentaire d'une classe
sociale. Cette femme ne regarde personne; les yeux enfoncés et ombrés
par la paupière suggèrent une profonde sensibilité: elle
semble regarder à l'intérieur d'elle-même… Où alors
serait-ce une marque de soumission à l'ordre établi représenté par
son époux, accompagnée de l'amertume et de la résignation
filtrant du demi sourire de ses lèvres? L'éclairage lui-même
est différent, plus diffus, uniforme pour la femme, il s'avère
plus modulé pour l'homme dont il met en valeur les traits du visage.
En répondant à une commande de notables, Van Ravensteyn a peint
un homme et une femme tout en leur conférant, par certains aspects, un
statut d'archétype. |
| |
 |
|
Emmanuel
de Witte (Alkmar,1618 - Amsterdam, 1692)
Intérieur d'église
Vers 1655
Peinture sur bois, 60 x 52 cm
Emmanuel de Witte entre en apprentissage à Delft chez un peintre de natures
mortes. Il y intègre la corporation des peintres en 1642. C'est à partir
de 1652 qu'il est cité dans les archives d'Amsterdam. Les scènes
historiques et les portraits de sa jeunesse témoignent de diverses influences,
notamment celles de Gérard Dou et des peintres de l'Ecole d'Utrecht. Il
se spécialise après 1650 dans les représentations d'architectures
et d'intérieurs d'églises en particulier, tout en peignant aussi
des scènes de genre, des vues de port imaginaires et des scènes
mythologiques.
Des deux Intérieur d'église conservés au Musée
des Beaux-Arts, celui-ci est particulièrement représentatif de
la production amstellodamoise d'Emmanuel de Witte. Il s'agit vraisemblablement
de l'Oude Kerk d'Amsterdam. Le regard et projeté dans un espace - en l'occurrence
un des bas-côtés et le chœur de l'église - où zones
d'ombre et de lumière sont distribuées selon un rythme qui n'a
rien de symétrique, ni de systématique. Un point d'orgue semble
s'établir en la personne courbée au-dessus d'un madrier qui définit
la profondeur de champ. De Witte se sert des figures pour indiquer l'échelle
de grandeur de l'édifice. Elles bénéficient d'accents de
lumière et de couleurs vibrantes, tel le gilet rouge du fossoyeur, à partir
desquels l'église entière devient vivante. Au fond à gauche,
un cortège funèbre disparaît quasiment derrière les
stalles, comme si l'artiste voulait occulter l'enterrement, c'est-à-dire
le sujet même de la représentation. Par contre, c'est une évocation
de la vie dans sa totalité que l'artiste suggère au premier plan:
autour de la fosse, la jeune mère et son enfant, le jeune garçon,
les deux hommes d'âges différents évoquent les différentes
phases de la vie jusqu'à la mort. Loin de l'ostentation funèbre
du cortège, la mort qu'évoque de Witte dans une atmosphère
lumineuse et sereine devient ainsi partie intégrante de la vie.
Au-delà de la vue topographique, certes belle, d'un intérieur d'église,
c'est un moment de réflexion que nous propose Emmanuel de Witte. |
| |
|
|
 |
|
Jan
Ier van Kessel (Anvers, 1626 - 1679)
Insectes
1660
Peinture sur cuivre; 17 x 23 cm
Neveu de Jan Brueghel, Kessel se forma à Anvers où il fur reçu
franc maître en 1645. Egalement peintre de fleurs, il s’est surtout
spécialisé dans la représentation d’animaux.
Kessel a ici représenté dix insectes : grande fourmi noire, fourmi
rouge, reine abeille rousse, araignée solifuga (mygale), mante
religieuse verte. Comme l’énumération l’indique, les
insectes sont précisément identifiables. Dans un cabinet de curiosité ce
tableau pouvait même remplacer les insectes vivants ou naturalisés.
Par conséquent le rendu est méticuleux afin de composer un trompe-l’œil.
C’est le métal qui confère au tableau cette froideur, que
viennent renforcer un fond neutre clair et de fortes ombres venues d’une
lumière analytique. Kessel juxtapose et dissèque des insectes semblant
plus grands que nature et témoignant donc de l’emploi d’un
instrument grossissant. Le microscope, invention hollandaise, marqua un progrès
déterminant pour la zoologie par rapport à la loupe et profita
aux artistes. Kessel apparaît comme un artisan minutieux, presqu’un
miniaturiste. |
| |
|
|
 |
|
Frederick
de Moucheron
(Emden, 1633-Amsterdam, 1686)
Paysage romain
Vers 1655
Peinture sur toile; 35 x 48 cm
La biographie de cet artiste est encore peu connue. Il effectua un séjour
en Italie vers 1655. Ce hollandais italianisant livre ici une de ses meilleures œuvres,
anticipant de façon stupéfiante les paysages du début du
XIXe siècle et en particulier Corot. La topographie romaine depuis le
mont Caelius est respectée : le panorama est pris depuis l’abside
de Santo Stephano Rotondo et donne sur les édifices du Latran, l’obélisque
de Touthmôsis IV et les montagnes de la Sabine. Les bleus sont subtils,
au service d’une sensation de sérénité. Il est possible
que les figures soient sorties du pinceau d’Adriaen Van de Velde qui était
précisément à Rome de 1653 à 1656.
Rarement l’ambiance romaine a été aussi bien rendue : la
grandeur du passé, le charme bucolique du présent et une impression
de liberté. |
| |
|
|
| |
|
|
| |
|