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Antonio
POLLAIUOLO (Florence, 1431/1433 Rome, 1498)
Combat dhommes nus
Vers 1470-1475
Burin ; H. 38,1 ; L. 56,7 cm
Signé sur un cartel, bord gauche, vers le centre :
OPVS. / .ANTONII. POLLA / IOLI. FLORENT / TINI
Inv. 77.000.0.19
Gravée par lun des plus grands artistes florentins du
Quattrocento, cette estampe représentant dix athlètes
nus, est exceptionnelle à plus dun titre. Antonio Pollaiuolo,
fils dun marchand de volailles comme son nom lindique,
était orfèvre, sculpteur, peintre et graveur. Or, son
activité de graveur se concentre toute entière dans
la planche gravée du Combat dhommes nus ; unique dans
son uvre, cette estampe est pourtant considérée
comme lune des plus remarquables de lhistoire de cet art.
Cette pièce monumentale (la plus grande gravure du Quattrocento),
est surprenante par sa conception, sa technique, son thème.
Le célèbre historien, peintre et architecte G. Vasari
(1512-1574), profondément impressionné par cette estampe,
na pas manqué de saluer dans Le Vite la modernité
de Pollaiuolo, dans sa manière détudier concrètement
lanatomie, et dapprofondir ses connaissances de lagencement
interne des chairs et des muscles, à seule fin de donner une
corporéité réelle à ses figures dhommes.
Le Combat dhommes nus est aussi la première estampe gravée
par un grand maître et signée de son nom. La signature
latine révèle la conscience quavait lartiste
dédifier une uvre magistrale, et sa fierté
à sidentifier comme Florentin.
La composition, sinspirant des scènes de batailles des
reliefs antiques décorant les sarcophages, réunit dix
athlètes nus qui, armés de glaive, hache, arc ou poignard,
semblent emportés dans un vif combat. Plus proche dune
chorégraphie que dune lutte véritable, la disposition
quelque peu artificielle des combattants permet de montrer la figure
masculine nue sous différents angles (de face, de dos ou en
pleine torsion). Ces prototypes de figures héroïques à
lanatomie magnifiée ont certes servi de modèles
aux artistes en Italie comme au nord des Alpes. La feuille gravée
ne se réduit cependant pas à cette interprétation
première.
Lenjeu de ce combat est difficile à déterminer.
Deux groupes de deux guerriers, et deux groupes de trois saffrontent,
sans quil soit possible de distinguer les protagonistes de leurs
adversaires. Le ruban qui ceint la chevelure de certains dentre
eux ne permet pas davantage de différencier les forces en présence,
puisque le guerrier au ruban, debout à droite, sapprête
à frapper de sa hache un combattant portant le même ruban.
La chaîne que se disputent les deux figures centrales semble
jouer un rôle important dans le combat, sinon en être
le point de départ. La présence de longs épis
de blé, doliviers et de vigne emmêlée qui
ornent le fond du tableau, pourrait évoquer le sacrifice du
Christ au travers des motifs symboliques et sacrés que sont
le pain, le vin et lolivier, sans pour autant clarifier léventuel
lien entre ces emblèmes et le combat.
La gravure a donné lieu à diverses interprétations,
dont la plus probable, selon Gisèle Lambert, serait que Pollaiuolo
nait pas cherché à représenter une bataille
historique ou mythologique précise. |
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Albrecht
DÜRER (1471 1528)
Saint Michel terrassant le dragon
1496-1497
Gravure sur bois ; H. 39,1 cm ; L. 27,8 cm
Signé du monogramme en bas au centre
Inv. 77.989.0.24
Cette planche fait partie dun ensemble de quinze bois gravés
plus une feuille de titre, destinés à lillustration
de lApocalypse de Saint Jean, que Dürer entreprend en 1496,
peu après son retour dItalie. La première édition
de cette suite avait été publiée en 1500, accompagnée
dun texte allemand au verso des gravures. Le Cabinet des Estampes
conserve un exemplaire complet de la deuxième édition,
imprimée en 1511, et dotée dun texte latin au
verso.
Exceptionnelle à plus dun titre, la série entière
compte parmi les chefs duvre absolus de lart occidental.
LApocalypse constitue le premier livre exclusivement créé,
publié et édité par un artiste, et se démarque
des rapports précédemment établis entre le récit
et les illustrations. Dürer, en effet, souhaitant retranscrire
le texte intégral en continu, dune part, et de lautre,
graver lensemble des illustrations en une suite ininterrompue,
adopte le parti de présenter limage en pleine page au
recto et le texte au verso. Il souligne ainsi leur indépendance
de fonctionnement, sans prééminence du texte sur lillustration.
Les quinze planches gravées offrent une interprétation
saisissante des visions prophétiques de Saint Jean, annonçant
la fin des temps et la dernière venue du Sauveur dans le livre
des Révélations qui lui est traditionnellement attribué.
La série de Dürer, à linstar de lApocalypse,
est en résonance profonde avec la période de crises
et de bouleversements radicaux qui secouent la société
dalors.
La gravure étudiée vient illustrer le chapitre XII,
verset 7-9 de lApocalypse. Larchange Michel et sa cohorte
céleste se lancent dans lultime combat contre le dragon.
Dürer, fidèle au texte, entraîne le spectateur dans
une lutte au dénouement rien moins quincertain. Saint
Michel, loin davoir le triomphe facile comme dans les représentations
traditionnelles, doit faire appel à toutes ses forces pour
venir à bout du monstrueux reptile. Le visage farouchement
déterminé de larchange, son corps vrillé
en une torsion audacieuse et sa lance plantée à deux
mains dans la gorge du dragon, ainsi que le déploiement des
ailes expriment lâpreté du combat engagé.
Et cela, malgré les trois anges qui lépaulent.
Lenchevêtrement des figures armées, des monstres
en pleine convulsion et des volutes festonnées forme une masse
compacte difficile à décrypter qui obscurcit le ciel,
tout à lopposé du paysage en contrebas sétendant,
clair et serein, juste avant que Satan ny soit précipité.
Le traitement très contrasté des deux registres (la
respiration des blancs pour le tiers inférieur, et leffet
oppressant des noirs presque saturés réservés
au combat), souligne de manière magistrale la tension dramatique
de ce moment unique dans lhistoire des hommes. |
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Albrecht
DÜRER (1471-1528)
Le Chevalier, la Mort et le Diable
1513
Gravure sur cuivre, burin ; H. 24,4 cm ; L. 18,8 cm
Signé du monogramme et daté « S. 1513 »,
sur une tablette, en bas à gauche
Inv. 77.992.0.2 |
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Albrecht
DÜRER (1471-1528)
La Mélancolie
1514
Gravure sur cuivre, burin ; H. 24 cm ; L. 18,1 cm
Signé du monogramme et daté 1514, bord droit inférieur
Inv. 77.998.0.4
Chefs duvre du burin, Le Chevalier, la Mort et le Diable,
Saint Jérôme dans sa cellule (1514) et La Mélancolie
(1514) comptent parmi les trois pièces les plus célèbres
de Dürer. En 1513 et 1514, lartiste délaisse la
peinture et la gravure sur bois pour sadonner à la seule
activité de buriniste. Treize planches datées, dont
les trois citées plus haut, seront ainsi créées
durant ces deux années.
Au travers dune iconographie complexe, les trois uvres
majeures développent chacune une représentation des
vertus cardinales (morale comme dans la gravure étudiée,
théologale dans celle de Saint Jérôme, ou intellectuelle
dans La Mélancolie) , qui induisent pour lhomme des formes
dengagement distinctes dans la vie : par lacte, la contemplation
spirituelle ou la pensée créatrice.
Dürer signifie limportance de la première gravure,
Le Chevalier, en faisant précéder la date dun
« S », abréviation du mot « Salus »,
quil utilise également dans les projets dintroduction
à son Traité des proportions du corps humain, écrits
en 1512 et 1513.
La figure équestre monumentale du Chevalier incarne lidéal
du chrétien qui, avec une fière détermination,
tel un soldat au combat, poursuit lobjet de sa quête sans
se laisser détourner par les pièges de ce monde, ni
ses blocages intérieurs, symbolisés par la Mort et le
Diable, que Dürer réduit ici à létat
dapparitions fantasmagoriques. Lartiste effectue un véritable
arrêt sur image : le cheval, dans une posture proche de la statue
vénitienne du Colleoni, simmobilise devant la tête
de mort posée sur le sol, avertissant de la fin inéluctable
de cette marche en avant. Lui faisant écho, le sablier à
moitié vide suggère que le cavalier est sur le point
de franchir le seuil de la maturité. Lartiste fixant
cet instant précis où le temps semble en suspens -du
moins souhaiterait-il quil le soit-, traduit le sentiment le
plus douloureux pour un homme, celui de prendre conscience de sa finitude,
et de son impuissance à arrêter lirrésistible
écoulement du temps. Lécriture subtile et très
serrée de cette page gravée évolue en parfaite
adéquation avec le questionnement de cet être en perpétuel
état de crise.
Issu dun pays encore bien empreint de culture médiévale,
Dürer, environ huit ans après son retour dItalie,
crée lune des gravures au burin les plus saisissantes
de cet art, comme dans tout lart occidental, où magistralement
il tient en équilibre ses tensions contradictoires intérieures
: esprit germanique exacerbé et sensibilisation à lesthétique
nouvelle de la Renaissance italienne.
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Augustin
HIRSCHVOGEL (Nuremberg 1503 Vienne 1553)
Paysage avec un château fort situé sur un rocher escarpé
à gauche
1546
Eau-forte. H. 14,1 ; L. 21,3 cm
Signé et daté 15 et 46, à gauche et à
droite du monogramme, en haut au centre
Inv. 77.002.0.23
Ce paysage rythmé par dabruptes promontoires rocheux
au sommet desquels se dressent des châteaux se range parmi les
créations les plus originales dans loeuvre dAugustin
Hirschvogel. Entre 1545 et 1549, en effet, le graveur se livre à
lévocation du paysage pur, débarrassé de
tout prétexte mythologique ou religieux, sans autre manifestation
que celle dune nature quelque peu abrupte. Cette absence de
concession est soulignée par une économie de moyens
créant un style linéaire très pur. La formation
de peintre-verrier, graveur, cartographe et mathématicien,
a pu induire, en effet, chez Augustin Hirschvogel cette recherche
de simplicité et de clarté. Après une première
formation chez son père, le célèbre Veit Hirschvogel,
auteur de nombreux vitraux pour les églises de Nuremberg daprès
les dessins dAlbrecht Dürer, Augustin ouvre son propre
atelier vers 1530. En 1536, il quitte Nuremberg pour Ljubljana où
il séjourne jusquen 1543 pour des raisons qui demeurent
inconnues. En 1544 il part pour Vienne.
Cest vraisemblablement lors de ce voyage ou lors de promenades
autour de Vienne que Hirschvogel a dessiné à la plume
et daprès nature les paysages parcourus, et dont il sinspirait
par la suite pour les gravures.
Une telle démarche se trouve être proche de celle des
artistes de lécole du Danube, notamment dAlbrecht
Altdorfer et surtout de Wolf Huber, dont les dessins à la plume
représentant des vues précises de la vallée du
Danube, aujourdhui conservés aux Kupferstichkabinett
de Berlin et de Bâle, révèlent une composition
et un style graphique proches de ceux de Hirschvogel. |
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Heinrich
ALDEGREVER (Paderborn, Westphalie, 1502 - Soest, 1558)
Le Lion de Némée
1550
Gravure sur cuivre, burin ; H. 10,6cm ; 6,7 cm
Signé du monogramme et daté 1550 sur un cartel en haut
à gauche
Inv. 77.002.0.10
Cette planche relève dune suite de treize compositions
illustrant les Travaux dHercule, gravés en 1550 par Heinrich
Aldegrever, et dont huit sont visibles au Cabinet des Estampes.
Hercule aux prises ici avec le lion de Némée, est le
plus fameux et le plus populaire héros de la mythologie classique,
et personnifie la force. Hercule chez les Romains (Héraclès
chez les Grecs), est le fruit de lunion entre Zeus et Alcmène.
Furieuse de jalousie, Héra, la femme de Zeus, naura de
cesse déliminer Héraclès et ce, dès
sa naissance, puisquelle lui envoie dans son berceau deux serpents
pour le dévorer, que lenfant, doué dune
force surnaturelle, étouffera aussitôt de ses mains.
Plus tard, dans un accès de folie, Héraclès tuera
femme et enfants. Contraint par Héra dexpier ce crime,
il doit se mettre au service de son cousin fort jaloux, Eurysthée,
qui va lui imposer une série dépreuves, les fameux
douze « travaux ».
Avant de partir en mission, Hercule se fabrique une arme à
sa mesure, une gigantesque massue.
Sa première tâche le conduit dans la contrée de
Némée, dévastée par un lion invulnérable,
dévorant toute âme qui vive. Hercule le débusque
et létouffe entre ses bras. Après lavoir
dépouillé de sa peau, Hercule sen fait un vêtement
qui le rend à son tour invulnérable ; la tête
du fauve lui servant de casque.
Chez Aldegrever, comme ses contemporains, les « travaux »,
et les exploits prêtés à Hercule depuis lAntiquité,
se côtoient. La figure mythique du héros victorieux dans
ladversité a séduit les humanistes à la
Renaissance. Cette vie daventures transformée en parcours
initiatique propre à conduire Hercule à la purification
salvatrice, préfigure en quelque sorte le Christianisme. Aussi
nest-il pas étonnant de compter dans luvre
des artistes nés vers 1500, autant de suites dédiées
à ce modèle de force physique et morale, incarnant les
valeurs de la vertu.
Les prototypes de cette figure héroïque à lanatomie
magnifiée se trouvent chez Mantegna et Pollaiuolo et serviront
de modèles, tant en Italie quau nord des Alpes. Dürer
en sera lun des principaux catalyseurs.
Ainsi le burin, Samson combattant le lion, sinspirant de figures
de Pollaiuolo, va servir de modèle au Lion de Némée.
A linverse de la tradition littéraire affirmant que le
lion meurt étouffé, Aldegrever assimile Hercule à
Samson « déchirant le lion comme on déchire un
chevreau » (Juges XIV, 6).
Délaissant le maniérisme exacerbé de la décennie
précédente, Aldegrever révèle sa virtuosité
à faire dialoguer la plasticité du corps humain et la
richesse du détail ornemental. |
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Jacques
Callot (1592-1635)
Le Zani ou Scapin
Appartient à la série « Les trois Pantalons ou
les trois Acteurs »
Vers 1618
Eau-forte rehaussée de burin ; H. 21,5 ; L. 14,7 cm
Inv. 77.000.0.14
Dexpression féline autant que coquine, le Zani ou Scapin
est souplement campé sur ses jambes, et esquisse avec désinvolture
un imperceptible haussement dépaules, tout en narguant
derrière son masque le spectateur dont il appelle la complicité.
Le nom de Zani résulte dune corruption bergamasque de
Giovanni, qui est passé ensuite dans la langue pour désigner
le bouffon dans la comédie italienne, et que Molière
a reprise dans son personnage de Scapin.
Celui-ci est le type même du valet rusé, fourbe et intrigant.
La figure monumentale de Zani ou Scapin est plantée sans transition
devant un fond de scène de rue animée, sans doute à
Venise, traité avec toute lélégance du
style maniériste de Callot. Quelques coups de burin incisifs
suffisent à lartiste lorrain imprégné ditalianité
pour signifier que vie quotidienne et comédie sont largement
confondues dès lors quun même esprit de fête
les anime ; et que le masque, à Venise, est de toutes les fêtes. |
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Friedrich BRENTEL (1580-1651)
Diane et Actéon
1620
Plume et encre brune, gouache sur parchemin ; H. 9,7 cm ; L. 14,7
cm
Signé et daté en bas à gauche : F B 1620
Inv. 77.997.0.7
Le récit de Diane et Actéon a largement inspiré
les artistes du XVIIe siècle (Ovide, Métamorphoses,
III, 143-252).
Friedrich Brentel, comme son élève Johann Wilhelm Baur
(1607-1642), abordera ce thème à plusieurs reprises.
Dans la miniature étudiée, le sujet est traité
avec quelque liberté dinterprétation.
Au détour dun bouquet darbres, Actéon découvre
Diane et les nymphes se baignant. La scène se déroule
non dans une grotte selon le mythe, mais dans une rivière à
découvert, qui investit tout lespace de la composition.
De ce fait, larrivée inopinée dActéon
ne trouble que les deux figures devant lui, soit Diane et une compagne.
Les autres, dispersées au premier plan, restent en marge de
loutrage. Anticipant sur la métamorphose future, Brentel
coiffe le chasseur de bois de cerf, ce qui lui vaudra dêtre
dévoré par ses propres chiens, selon la vengeance imaginée
par Diane.
Saisissant le prétexte du mythe, Brentel réalise, dans
une écriture maniériste, une suite de nus féminins
aux poses variées, sur un fond de paysage presque intégralement
repris de la gravure de 1616 de Jan II van de Velde (Hollstein, XXXIII,
n° 259, ill.). |
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Friedrich BRENTEL (1580-1651)
Horatius Coclès
1630
Gouache sur parchemin ; H. 9,3 cm ; L. 14 cm
Signé en bas à gauche : F. Brentel. F. et daté
1630 en bas à droite
Inv. MBA 1714
La miniature traite dun épisode décisif de la
guerre des Romains contre le roi étrusque Porsenna, venu assiéger
leur ville au VIe siècle av. J.-C.. Le héros, Horatius
dit « Coclès », le borgne, défend seul contre
lennemi, le pont en bois Sublicius. Le temps de résister,
ses soldats peuvent en couper les planches et empêcher ainsi
laccès à la ville. Lopération terminée,
Horatius Coclès se jette alors tout armé dans le Tibre,
le traverse à la nage et rentre triomphalement dans Rome.
La composition construite à partir dune diagonale met
laccent sur la bataille entre Horatius et les Etrusques au premier
plan ; le deuxième est réservé au sabotage du
pont et les lointains, aux collines environnant la cité, selon
une configuration fantaisiste. Le cavalier au milieu du Tibre, et
qui nest autre que Horatius Coclès, évoque laudacieuse
initiative du héros romain. Celui-ci apparaît au centre
de la miniature, brandissant le bouclier marqué des lettres
de Rome et affrontant seul le groupe compact des ennemis, bien révélateur
du combat serré qui se joue.
La gouache réalisée en 1630 se trouve être une
copie daprès une eau-forte de Matthias Merian le Vieux,
tirée de la deuxième partie de la Chronique historique
de Johann Ludwig Gottfried, dont la parution coïncide avec la
foire dautomne de Francfort de la même année. La
source dinspiration se trouve dans les gravures dAntonio
Tempesta. |
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Johann Wilhelm BAUR (1607-1642)
Chantier naval
1635-1636
Gouache sur vélin ; H. 17,8 cm ; L. 25,4 cm
Signé en bas à gauche : Wil. Baur fecit
Inv. MBA 1713
La miniature figurant un chantier naval dans une baie marine a été
réalisée à Rome par l'artiste strasbourgeois
Johann Wilhelm Baur (1607-1642), lors de son voyage en Italie, entrepris
à la suite de son apprentissage dans l'atelier de Strasbourg
le plus renommé, celui de Friedrich Brentel (1580-1651). Le
thème amplement développé dans les uvres
d'Agostino Tassi et de ses disciples a trouvé un écho
particulier chez Baur. En témoignent de nombreuses esquisses
préparatoires de bateaux de divers types que l'artiste a fidèlement
retracés, non pas in situ, mais d'après des modèles
dessinés et gravés. Le recueil Reiber (Inv. 211) du
Cabinet des Estampes de Strasbourg constitue à divers titres
l'un des plus précieux ouvrages de ce musée. Il réunit
en effet un ensemble considérable d'esquisses dessinées
par Baur entre 1630 et 1637, lors de son voyage en Italie, et réutilisées
par l'artiste dans la réalisation de ses miniatures ou gravures.
L'album, au même titre que quatre dessins et près de
trois cent cinquante eaux-fortes de Baur, émane de la collection
du Strasbourgeois Ferdinand Reiber, mise en vente en 1896. Les achats
alors effectués par les Musées de Strasbourg marquent
précisément le point de départ du fonds d'alsatiques
du Cabinet des Estampes et des Dessins. |
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Johann
Wilhelm BAUR (1607-1642)
LEnlèvement de Proserpine
Vers 1636
Plume et encre de Chine ; H. 12,3 cm ; L. 18,1 cm
Inv. 211 (Recueil Reiber. Fol. 10)
Lalbum de Baur, lun des plus précieux recueils
de dessins conservés au Cabinet des Estampes, provient de la
collection du Strasbourgeois Ferdinand Reiber, dont la mise en vente
en 1896, au lendemain de sa mort, constitue le point de départ
du fonds dalsatiques du musée.
Louvrage est constitué de 61 feuillets de dessins, dont
40 sont couverts au recto et au verso. 54 feuilles sont de la main
de Baur, 3 de son élève Bartholomaeus Dietterlin, et
4 nont pu être identifiés. Après les deux
recueils de la collection du prince régnant du Liechtenstein,
celui de Strasbourg se trouve être le plus important ensemble
de dessins de Baur. Il contient des souvenirs de voyage, des vues
de monuments romains, de ports, de batailles, des études de
costumes ou daprès nature que Baur va réaliser
entre 1627 et 1637 environ, lors de son tour de compagnon, qui le
conduira de Strasbourg à Vienne en passant par lincontournable
Italie. A ce titre, lalbum documente précieusement la
production de lartiste de la première période
jusquà son établissement en tant que maître
indépendant à Vienne.
Le thème de LEnlèvement de Proserpine, apparemment,
a exercé une véritable fascination sur Baur, puisquil
en réalise cinq variations dans le recueil. Selon la mythologie,
Proserpine, la fille de Cérès, la déesse du blé
et de la fertilité, désire rester vierge, ce qui contrarie
fortement Cupidon. Aussi va-t-il décocher une flèche
au dieu de lenfer, Pluton, qui derechef senflamme damour
pour Proserpine et lenlève aussitôt. La violence
du ravissement et les gestes désespérés de Proserpine
vers le ciel, se prêtaient particulièrement bien aux
tendances artistiques nouvelles, celles du baroque.
Ainsi, deux dessins de Baur reprennent la gravure de Lucas Kilian,
exécutée daprès le tableau de Joseph Heintz
le Vieux conservé à la Staatliche Kunstsammlungen de
Dresde (Inv. 1197). Les deux variations suivantes sont de fidèles
copies, lune daprès une gravure sur bois de Giuseppe
Scolari, lautre daprès une eau-forte dAntonio
Tempesta, dont Friedrich Brentel, le maître strasbourgeois de
Baur, avait réalisé dix ans avant son élève,
un lavis en camaïeu de bruns, également conservé
au Cabinet des Estampes et des Dessins (Inv. 77.985.0.1907). La cinquième
variation réunit des éléments provenant des deux
derniers modèles évoqués. Les chevaux et le char
relèvent de Tempesta, le groupe de Pluton et de Proserpine
reprend celui de Scolari. En marge de la feuille, lartiste a
esquissé diverses variantes de la pose adoptée par Scolari.
Leffet pathétique qui en émane nest pas
sans rappeler la célèbre statue de Giambologna, LEnlèvement
des Sabines, présente dans la loggia dei Lanzi à Florence. |
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Rembrandt (1606-1669)
La chaumière et la grange à foin
Signé et daté en bas à droite : Rembrandt f.
1641
Eau-forte. Etat unique ; H. 12,7 ; L. 32 cm.
Inv. 77.005.0.5
De la même année que la Chaumière au grand arbre,
cette eau-forte présente elle aussi, une combinaison entre
un motif avancé et une vue éloignée.
La chaumière flanquée d'une grange à foin ouverte
abrite un chariot. Envahie d'arbustes foisonnants qui propagent leur
ombre, l'habitation placée au centre de l'image, focalise le
regard. C'est à peine si l'on perçoit dans ce cadre
végétal les rares présences humaines : deux figures
aux fenêtres, deux jeunes pêcheurs au pied de la demeure
et à droite, une paysanne sur un pont de planches.
Les côtés offrent une échappée vers les
lointains nimbés de brume et frémissant dans la lumière
irisée. Quelques motifs glanés au cours de promenades
le long de l'Amstel émaillent les perspectives lointaines ;
notamment le pittoresque manoir Kostverloren que Lugt a rapproché
de l'édifice émergeant du bouquet d'arbres à
droite.
Le charme évanescent de ces lointains ne contrebalance toutefois
pas la prégnance de la chaumière, soulignée par
une vigoureuse morsure de l'acide. Cette subtilité technique
à laquelle Rembrandt a eu recours, pour rendre distincts les
différents plans et créer ainsi l'impression de distance,
offre ici une distribution de l'espace fort contrastée, mais
somme toute, mieux maîtrisée que dans la Chaumière
au grand arbre. |
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Pierre CICERI (1782-1868)
Décor des loges de la salle du théâtre de Strasbourg
1820
Crayon, aquarelle et gouache sur papier ; H. 35,5 cm ; L. 47,5 cm
Inv. M.A.D. XXXVII, 17
Le projet de décor des loges de la salle du théâtre
de Strasbourg a été réalisé en 1820 par
le décorateur parisien Pierre Ciceri, au moment de l'achèvement
de la construction du théâtre par l'architecte Villot.
Le dessin précieux à plus d'un titre reflète
la vitalité du style néo-classique à Strasbourg
sous l'Empire et la Restauration. Il porte témoignage du décor
intérieur d'un édifice voué à disparaître
au moment du Siège de Strasbourg en 1870. L'uvre appartient
à un ensemble de plans, coupes, élévations et
vues de détail consacrés au théâtre de
Strasbourg et qui permettent d'en conserver le souvenir.
Le projet fait partie de la collection de dessins d'architecture et
d'ornements conservés au Cabinet des Estampes et des Dessins
de Strasbourg. Ce fonds à vocation documentaire est constitué
en 1890 en même temps que le Hohenlohe Museum, futur musée
des Arts décoratifs, pour être mis à disposition
des artisans d'art et des architectes de la région, qui pouvaient
ainsi y puiser des modèles. |
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Jacques
ROTHMULLER (1804-1862)
Le Schlüsselstein près de Bergheim
Vers 1839
Plume et lavis dencre grise
Inv. 77.005.0.6
Cette aquarelle participe de la série de dessins à lorigine
des cent cinq lithographies que Jacques Rothmuller réalise
pour son ouvrage Le Musée pittoresque et historique de lAlsace,
édité en 1863. Suite en effet à la collection
monumentale, Les Voyages pittoresques et romantiques dans lAncienne
France, dirigée par le baron Taylor et parue en 1820, les recueils
de paysages lithographiés se multiplient et constituent aujourdhui
un précieux témoignage de cette double attirance des
romantiques pour le tourisme et les monuments du Moyen Age.
A ce titre, laquarelle de Rothmuller est bien évocatrice
du sentiment de la nature au XIXe siècle. Le personnage isolé
devant lécran de pierres délitées, regardé
tel un monument, semble absorbé dans une méditation
profonde face à cette nature suscitant amour et nostalgie. |
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