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Les textes suivants sont extraits de notes et d’ouvrages réalisés par Jean-Pierre Klein : Le Musée Historique de Strasbourg, Strasbourg, 1980. Les petits soldats de Strasbourg, Schirmeck, 1985. | |||
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Le
Plan-Relief de 1727 |
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Place
du château ou
Fronhof D’après le Plan-Relief de 1727 En évoquant le Plan-Relief de 1727, nous avons insisté sur son inestimable valeur documentaire, cette photographie de détail en est une preuve tangible. Le cliché donne l’illusion d’une prise de vue aérienne de l’une des plus anciennes places de la ville au début du XVIIIe siècle, quand elle avait encore son aspect médiéval. Dans la partie supérieure de la photographie on aperçoit les contreforts sud de la nef et le croisillon sud du transept devant lequel se tient, jusqu’en 1262, le tribunal de l’évêque. Des petites maisons de boutiquiers s’appuient sur les murs de la nef ; afin de les cacher, la ville ordonne, en 1772, à l’architecte de l’œuvre Notre-Dame, Jean-Laurent Goetz, de construire des arcatures en style néo-gothique qui existent toujours. A droite (c’est-à-dire sur le côté est de la place) s’élèvent des bâtiments assez hétéroclites, notamment ceux du « Bruderhof », ancien hôtel des chanoines de la cathédrale, avec un jardin et une vaste maison à haute toiture qui fait l’angle, c’est la maison « Zum Thiergarten » où Mentalin, le premier imprimeur strasbourgeois après Gutemberg avait, à la fin du XVe siècle, ses ateliers. L’installation au Bruderhof, après 1683, d’un séminaire, puis d’un collège, sous la direction des Jésuites, aboutit à la reconstruction totale de ce secteur à partir de 1757. L’architecte de l’évêché (et du château) Joseph Massol ferme le côté est de la place par l’admirable façade de l’ex-collège des Jésuites, aujourd’hui Lycée Fustel de Coulanges. En bas de la photographie (au sud, vers l’Ill) plusieurs bâtiments se partagent le terrain. A droite, disposé autour d’une cour pentagonale, plantée d’arbres, le vénérable bischofshof (ou palais de l’évêque) comprend alors la demeure du prélat (le long de la place), la chapelle, les services de l’officialité, des communs. Ces constructions sont plus proches d’habitations bourgeoises que d’un palais princier. Depuis 1262, l’évêque n’y réside plus, le pouvoir politique, désormais aux mains des bourgeois, élit domicile, en 1321, dans la falz, sur la place Gutemberg. On comprend la volonté d’Armand Gaston de Rohan Soubise, évêque en 1704, de raser ce palais vétuste, plusieurs fois restauré, pour le remplacer à partir de 1729 par l’actuel château des Rohan qui va occuper, outre l’ancien espace, le terrain où s’élèvent encore une série de maisons, visibles sur la maquette, entre le vieux palais et les bâtiments de l’œuvre Notre-Dame (à gauche en bas). Devant les deux ailes de l’œuvre Notre-Dame se dressent des hangars qui, avec les maisons bordant le côté Ouest de la place, délimitent une petite placette, appelée « Marché-aux-Cerises ». Cet état de chose subsistera jusqu’au XIXe siècle. Autant que les documents permettent de le savoir, la place du Château a servi de marché aux fruits, aux légumes et au début du XIXe siècle de marché de Noël, transféré ensuite place Kléber puis place Broglie. J. P. Klein, catalogue des collections du Musée Historique, 1980 |
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Le pont du Corbeau et la Grande
Boucherie Peinture d’Eugène Petitville Vers 1840 En dépit d’une « atmosphère » très romantique, la composition d’Eugène Petitville restitue avec beaucoup de talent et de précision les quartiers proches de la Douane, c’est-à-dire du vieux port fluvial qui était encore, un siècle auparavant, le centre nerveux de l’économie strasbourgeoise. Les projets de rénovation urbaine, un peu mégalomanes, de l’architecte parisien Blondel, en 1765, n’ont pas eu de suite. Ni la Révolution, ni l’Empire, et pas plus la Restauration n’ont pu, ou n’ont voulu donner une solution aux problèmes de la circulation et de l’hygiène. Comme presque tous les ponts de la vieille ville, le pont du Corbeau est une passerelle en bois, plutôt mal commode, encore resserrée à ses extrémités par des masures qui la bordent. En 1841, le pont sera reconstruit en fer, une nouvelle fois à la fin du XIXe siècle et enfin en 1936. A droite, on reconnaît les bâtiments hétéroclites de la Grande Boucherie. Les magnifiques pignons de l’immeuble, construit à la fin du XVIe siècle, sont quelque peu «gâtés» par des installations plus légères, de colombages et de torchis, ajoutées au début du XVIIe siècle. Ces dernières abritent toujours les abattoirs en attendant les bâtisses, plus modernes et plus hygiéniques des nouveaux abattoirs, inaugurés par le Second Empire (1859), rue Sainte Marguerite. Le continuel travail de sape du fleuve contraint les services municipaux à d’incessants travaux de consolidation. A gauche, les façades surplombent directement l’Ill, quatre immeubles ferment, au nord, la place du Corbeau. Ils sont assez représentatifs du type de maisons en « tuyau d’orgue » des quartiers centraux. La largeur des façades n’excède pas deux ou trois fenêtres, au grand maximum. Les toitures, très élevées, comprennent au moins quatre étages de combles. A l’angle se dresse un oriel (erker) ou «balcon à l’allemande» remplacé progressivement au cours du XVIIIe siècle par le balcon «à la française». Les bombes américaines du 11 août 1944 pulvérisèrent ce coin pittoresque, alors miraculeusement préservé. Quelques grosses péniches (à gauche et derrière les piles du pont), une embarcation longue et effilée sont bien peu de chose en comparaison des flotilles qui sillonnent l’Ill sur les gravures de Wenzel Hollar (1630). Depuis un siècle, mais surtout après la Révolution, l’activité portuaire de Strasbourg ne cesse de décroître. Les débuts de la régularisation du Rhin (1830), les progrès du chemin de fer, donnent le coup de grâce à un système de navigation désormais totalement inadapté. La construction d’un nouveau port, en dehors des limites traditionnelles, directement branché sur le Rhin n’intervient qu’à la fin du XIXe siècle. |
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Les Ponts couverts Aquarelle anonyme Vers 1830 Site éminemment pittoresque du Vieux Strasbourg, les «Ponts-Couverts» inspirent un grand nombre d’artistes dès le XVIIe siècle. Wenzel Hollar, graveur originaire de Bohême, venu se réfugier à Strasbourg vers 1630, en fait le thème de plusieurs de ses compositions. Les pré-romantiques de la seconde moitié du XVIIIe siècle, puis les romantiques alsaciens ou étrangers, de passage à Strasbourg, ne se lassent pas de reproduire un ensemble dont l’essentiel est parvenu jusqu’à nous sans trop d’altérations. L’aquarelle que possède le Musée Historique, réalisée probablement autour des années 1820-1830, ne donne qu’une vue partielle du complexe des « Ponts-Couverts », c’est-à-dire de trois tours sur les cinq, vers le nord-est. A l’extrême gauche, on devine le Canal des faux Remparts encore divisé en son milieu par une langue de terre, portant dès le début du XIIIe siècle un mur crénelé, sorte de muraille « légère » placée en avant de la muraille proprement dite. Le troisième agrandissement de la cité (entre 1220 et 1344) nécessite la construction des « Ponts Couverts » destinés à protéger les quatre bras de l’Ill dont l’un servait à la navigation : il est au milieu sur l’aquarelle ; les trois autres (un seul est visible à droite) faisaient tourner des moulins établis aux extrémités d’où les appellations actuelles de Spitzmühle, Dinzenmühl et Zornmühle. De gauche à droite on peut distinguer : l’ancienne « Stöckelsturm » (ou encore tour du Bourreau), puis « l’Almosenturm ou Malzenturm » (malheureusement détruite en 1869) ; ensuite l’Heinrichsturm suivie par l’Haus von Altenheimsturm, et la Französische Turm. Entre les quatre dernières tours prenaient place les « Ponts-Couverts », construits en bois, couverts de toitures, fermés vers l’extérieur et munis de herses, c’est ainsi qu’ils apparaissent sur les gravures de Hollar. Vétustes, n’ayant plus de raison d’être depuis la construction du barrage Vauban (1686-1700), ils disparaissent en 1784 et sont remplacés par des ponts en bois, eux-mêmes rebâtis en pierre entre 1860 et 1870. Du Moyen Age à la Révolution plusieurs des tours servent de prison. Aujourd’hui réservés aux piétons, les Ponts Couverts constituent avec leurs tours un « site urbain » de premier ordre qui fait partie, au même titre que la Cathédrale, de l’image de « marque » de Strasbourg. J. P. Klein, catalogue des collections du Musée Historique, 1980 |
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| STRASBOURG AU MOYEN AGE : LA VILLE IMPERIALE | ||||
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L’ancien Hôtel
de Ville ou Pfalz La construction, en 1321, de l’Hôtel de ville ou Pfalz est une des conséquences de la victoire des milices bourgeoises sur l’évêque à la bataille de Hausbergen (1262). Durant plus d’un demi-siècle, le nouveau régime, monopolisé par les nobles et les praticiens, élit domicile dans le palais épiscopal (Bischöfliche Pfalz ou Fronhof) à l’emplacement de l’actuel palais Rohan. Probablement trop à l’étroit, et mal à l’aise dans le palais de leur ancien seigneur, les autorités décident l’érection de la Pfalz sur la place Gutenberg, alors place Saint-Martin, dans une zone aujourd’hui au Nord de la statue Gutenberg. Une tradition veut que la famille des Zorn ait exigé un bâtiment qui soit à égale distance de son hôtel de la Haute Montée et de l’hôtel de la famille rivale des Mullenheim, alors Quai-au-Sable. En fait, la réalité est peut-être plus simple : au XIVe siècle, dans le centre-ville, l’espace choisi est bien le seul disponible puisque la place Kléber est tout entière occupée par le couvent des Franciscains ; la place Broglie est trop excentrique, elle constitue un espace idéal pour les tournois et le marché-aux-chevaux. La Pfalz se compose de deux édifices accolés. Le plus grand a trois façades surmontées de pignons à créneaux. Il est flanqué, aux quatre angles, de tourelles polygonales coiffées de toits pointus avec une girouette aux couleurs de la ville. La façade principale donne sur la rue des Grandes Arcades avec pour vis à vis, deux siècles plus tard, l’édifice de la Monnaie. Cette façade figure sur la maquette. Un escalier couvert, dit escalier des Zorn, mène à un porche dont le toit est soutenu par de fines arcades en tiers-points. Un petit bâtiment, de plan rectangulaire, est accolé au précédent face à la place Saint-Martin. Une récente étude prouve que cet édifice, muni lui aussi de pignons à créneaux, n’est que le résultat de l’intégration et du remodelage de l’ancienne chapelle du cimetière de l’église Saint-Martin qui occupe alors le reste de la place ; comme tous les cimetières intra-muros il est bientôt remplacé par une place de marché réservée aux maraîchers et aux poissonniers, d’où le second nom de la place : Marché-aux-herbes qui subsistera jusqu’à l’érection de la statue de Gutenberg en 1840. Selon diverses sources la Pfalz abrite les salles de séances du Grand Sénat, du Petit Sénat, des Conseils des XIII et des XV. L’exiguïté relative de l’Hôtel de Ville provoque, sur la même place, l’érection de la Chancellerie, de la Monnaie, et finalement du Nouveau Bâtiment (Neue Bau, 1588) qui existe toujours ; il abrite la Chambre de Commerce. Centre nerveux du pouvoir politique et de l’administration de la République, la Pfalz est aussi un centre commercial (le rez-de-chaussée est loué à des imprimeurs-libraires, à des enlumineurs, à des sculpteurs sur bois, à des marchands de draps et des boulangers ), un centre judiciaire : les assemblées et conseils ont des fonctions de justice ; les sentences des condamnés se lisent du haut de l’escalier des Zorn ; le pilori, la pierre d’infamie sont aux pieds du même escalier. Partie d’un ensemble cohérent et pittoresque la Pfalz remplit son office encore au XVIIIe siècle. Cependant, les succès de l’architecture classique, la mauvaise distribution de l’intérieur de l’édifice, le désir des autorités royales de régulariser la place et d’en faire une place « royale » avec la statue du souverain, condamne le bâtiment de la Pfalz dès 1769. Il est malheureusement détruit en 1780, alors que le nouvel Hôtel-de-ville prévu ne verra jamais le jour. |
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Vitrail aux armes de la ville 1523 Tout système politique a ses symboles. Quand une révolution violente en provoque la chute, elle s’acharne d’abord à faire disparaître les responsables de l’ancien régime ainsi que tous les souvenirs ou objets significatifs qui peuvent s’y rattacher. La fureur iconoclaste de la Grande Révolution anéantit pratiquement le patrimoine historique et artistique conservé par le Magistrat durant des siècles. Une bien triste et dérisoire besogne que parachève, en 1870, l’irréparable incendie de la Bibliothèque municipale du Temple Neuf. La survie d’une pièce, tel le vitrail de 1523, est donc tout à fait inespérée. En 1922, au cours d’une vente publique, le Musée Historique en fait l’acquisition. Le vitrail présente au centre l’écu d’argent à la bande de gueules, timbré du heaume couronné au majestueux vol de cygne, flanqué de lambrequins de plumes d’autruche également d’argent et de gueules. L’écu, supporté par deux lions dressés, est posé sur un troisième lion couché. L’ensemble se détache sur un fond vert diapré, encadré par deux pilastres à ornements renaissance, surmontés d’un linteau d’écoré de palmettes. La façon de traiter les lions, le type de tête, de corps et surtout la manière de représenter les poils de la mâchoire inférieure qui tombent comme barbichette, sont autant d’indices qui permettent d’affirmer que le projet du vitrail est sorti de l’atelier de Hans Baldung Grien (mort à Strasbourg en 1545). L’utilisation d’une représentation avant tout « naturaliste » des lions, et l’introduction de variantes dans la composition héraldique, tel le lion couché ou le lion partiellement caché un peu en arrière de l’écu (à gauche), dénotent l’intervention d’un artiste de talent, suffisamment prestigieux pour se permettre une interprétation aussi libre. Le schéma héraldique de l’écu d’argent à bande de geules apparaît dès le XIIIe siècle. Il sert officiellement, pour la première fois, de décor sur une charte municipale de 1399, supporté par un seul lion, puis par deux lions au siècle suivant. Désormais cette forme simple et bien équilibrée traverse les siècles jusqu’à nos jours dans les « Grandes armes » de la ville où est venue se joindre, en 1919, la Légion d’Honneur. Les plumes de cygne et les lambrequins de plumes d’autruche, d’un usage peu commun dans l’héraldique des villes, s’expliquent sans doute par le statut de Strasbourg « Ville Libre Impériale », véritable petite république indépendante dans le cadre du saint Empire Romain Germanique. La qualité du vitrail donne à penser qu’il a été commandé par le Magistrat, ou offert par un de ses membres, pour un édifice public soit la Tour-aux-Pfennigs (selon la tradition rapportée par le dernier propriétaire du vitrail) soit la Pfalz. J. P. Klein, catalogue des collections du Musée Historique, 1980 |
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Couleuvrine aux armes de Strasbourg Vers 1480-1490 Le Musée Historique a eu la chance de pouvoir acquérir une couleuvrine ou encore une « serpentinelle » (en allemand « Tarrasbuchse ») aux armes de Strasbourg. Elle date des années 1480-1500, et provient sans aucun doute de l’ancien Arsenal de la Ville ; l’affût a été reconstitué. Le canon, taillé à pans octogonaux, a un poids de 27 kg. La pièce se charge par la bouche et tire des projectiles (ou billes) en plomb. La reconstitution de l’affût a pu se faire à l’aide de dessins des fameux « Zeugbücher » des arsenaux de l’Empereur Maximilien Ier. Le type de canon, un des plus légers de l’époque, est en quelque sorte une synthèse des derniers perfectionnements dont l’invention revient alors aux maîtres d’artillerie bourguignons : 1)désormais la distinction entre l’artillerie de siège et l’artillerie de campagne est bien nette. Dans notre cas il s’agit d’une pièce de rempart. Ses petites roues et sa légèreté permettent un déplacement facile mais elle ne résisterait pas à un transport en pleine campagne. Plusieurs sources strasbourgeoises indiquent que ces couleuvrines assuraient la défense des tours, des murs, et des points stratégiques à l’intérieur de la cité ; plusieurs sont entreposées près de la cathédrale. 2) les « tourillons » fixent solidement le canon à l’affût et empêchent les déplacements latéraux. 3) deux arcs de pointage, en fer forgé, rendent le tir beaucoup plus souple : sans bouger l’affût on peut relever ou abaisser la pièce. J. P. Klein, catalogue des collections du Musée Historique, 1980 |
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| UNE CAPITALE EUROPEENNE DE L'HUMANISME ET DE LA REFORME | ||||
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Le Schwoertag Ou la prestation du serment civique en 1600 Miniature aquarellée de la chronique de Staedel Tout régime politique a besoin de symboles, reflets de sa légitimité (sceaux, étendards, bannières, etc.) et de cérémonies protocolaires qui accompagnent les principaux moments de la vie publique. La République de Strasbourg n’échappe pas à la règle. De la stabilisation progressive du système constitutionnel, aux XIVe et XVe siècles, découle l’organisation régulière de plusieurs manifestations comme celle du Schwoertag ou de la prestation du serment civique. Le Schwoertag veut rappeler les liens qui unissent le peuple (c’est-à-dire les bourgeois et les nobles, ceux qui ont des pouvoirs politiques) à son gouvernement. Il est à la fois cérémonie d’investiture et fête nationale telle que nous l’entendons de nos jours. Le premier jeudi de l’année (ou «Churtag», jour des élections) est consacré à l’élection des dix sénateurs renouvelables (sur vingt). Les vingt sénateurs bourgeois choisissent alors l’Ammeister représentant des corps de métier, élu pour un an. Il possède la réalité du pouvoir exécutif, bien que protocolairement il se place après le Stettmeister régnant, élu par la noblesse. Le mardi suivant est celui du Schwoertag, dont le déroulement a pour cadre la place de la cathédrale. Devant le grand portail se dresse une estrade en bois, avec balustrade au milieu de laquelle est suspendue une tapisserie aux couleurs, rouge et blanc, de la ville, et que surmonte un baldaquin rouge. Dès que retentit le Rathsglock (la cloche du Sénat) les délégations des vingts corporations (depuis 1482) se mettent en marche. Un protocole minutieux réglemente les voies d’accès que doivent emprunter les corporations : rues du Vieux-Marché-aux-Poissons, des Serruriers, la Grand’Rue, les Grandes arcades, la rue du Dôme, la rue des Juifs. La rue des Frères est réservée aux sénateurs de la noblesse, et la rue Mercière aux fonctionnaires de la cité, précédés des valets (gardes) de la ville qui portent solennellement le coffret renfermant le parchemin de la Constitution ou lettre de Serment (Schwoerbrief). Seuls les présidents de la Ville (Stadtschreiber) lit à toute l’assemblée le texte de la Constitution. L’Ammeister élu prête alors serment dans les mains du Stettmeister sortant. Ce dernier reçoit le serment des personnalités sur l’estrade puis il s’avance vers la foule qu’il invite à lever deux doigts en l’air et à prononcer à son tour le serment. Enfin, il conclut en ces termes «Que Dieu vous donne prospérité, bohneur, sa bénédiction et longue vie!» (Glück, Heil, Segen, langes Leben ; Woll’Gott euch und uns allen geben). Pendant la cérémonie les portes de la ville sont fermées ; les gens d’armes entourent la place et assurent le bon ordre. Le Schwoertag est interdit aux femmes, de même qu’elles sont exclues des banquets corporatifs qui suivent ; la tradition veut qu’elles se réunissent de leur côté et font bombance entre elles ! Le dernier Schwoertag eut lieu en janvier 1789. |
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L’Ammeister
Carl Spielmann Portrait peint en 1629 Charles Spielmann (1564-1631) a été élu « Ammeister » pour l’année 1625. Il appartenait à la corporation des Drapiers. Il avait épousé en secondes noces Anna Scheidin, veuve Trauschin dont le musée possède également le portrait. Ce portrait présente un vif intérêt tant pour la personne représentée qui appartient à une vieille famille aisée de Strasbourg (son métier de drapier le prouve) que par les détails de son costume. Carl spielmann représenté mi-corps, à l’âge de 65 ans, porte une large collerette blanche, une veste ajourée noire, et une ceinture garnie d’une boucle à plaque d’argent finement ciselée. D’une raideur un peu solennelle, à l’image de la bourgeoisie dirigeante, le costume de l’Ammeister est plein d’archaïsme quand on le compare aux costumes qui se portaient à Paris à l’époque du portrait, c’est-à-dire en 1629. Il appartient encore au siècle précédent. Dans le personnel politique, depuis la fin du Moyen Age, l’Ammeister, élu pour un an, est le représentant des corps de métier. Il a la réalité au pouvoir exécutif, le Stettmeister n’étant qu’un figurant, protocolairement au-dessus de l’Ammeister. Une fois élu au poste d’Ammeister, le candidat ne pouvait s’y représenter que six années plus tard, disposition devant prévenir toute tentative de dictature. Dans la réalité quotidienne la personnalité des titulaires compte beaucoup, ainsi, bien que Stettmeister, Jacques Sturm dirige ou inspire la politique de la cité pendant plus de vingt ans. J. P. Klein, catalogue des collections du Musée Historique, 1980 |
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Le Stettmeister Jacques Sturm (1489-1553) |
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Martin Bucer (1491-1551) Qualifié un peu pompeusement « d’âge d’or », le XVIe siècle est certainement un « moment » tout à fait privilégié pour Strasbourg.e La puissance et le rôle politique de la Ville Libre, alors au zénith, se complètent d’un rayonnement intellectuel et religieux qu’elle ne retrouvera plus jamais. Le réformateur Martin Bucer y a largement contribué. En 1491, à Sélestat, chez un humble ouvrier baquetier, naît Martin Bucer. Son grand-père l’envoie suivre les cours de la célèbre école latine de cette ville. Il entre chez les Dominicains (1506) qui l’envoient terminer ses études à l’Université d’Heidelberg. C’est là qu’il entend pour la première fois Luther (1518). Déjà fortement influencé par les œuvres d’Erasme, il se détache peu à peu du catholicisme. Relevé de ses vœux, il se marie et s’installe à Strasbourg en 1523. Si le magistrat n’a pas encore pris position, le mouvement réformateur occupe trois postes ecclésiastiques de premier ordre : Mathieu Zell est curé de la paroisse Saint Laurent de la Cathédrale ; Wolfgang Capiton, un ancien érasmien, est prévôt du Chapître de Saint-Thomas ; Gaspard Hédion prêche à la Cathédrale. En une année les sermons de Bucer remportent un grand succès, aussi, après avoir obtenu le droit de bourgeoisie, les jardiniers (très remuants et quelquefois extrémistes) de Saint-Aurélie le choisissent comme pasteur. L’abolition de la messe par l’assemblée des Trois Cents Echevins (en 1529) débouche sur l’organisation de la nouvelle église. Ce travail incombe au Magistrat et à Bucer. Sur le plan doctrinal Bucer est le contraire d’un fanatique. Il combat les extrémistes, les sectaires de toute origine, notamment les anabaptistes nombreux chez les jardiniers. Il tente de concilier les différentes églises issues de la Réforme, de trouver un terrain d’entente entre Luther et l’Empereur. La « Tétrapolitaine » ou confession de foi des quatre villes de Strasbourg, Lindau, Constance, et Memmingen, rédigée en 1530, répond à ce désir de paix et de concorde politique ou religieuse. Consulté dans l’organisation des institutions ecclésiastiques, Bucer n’est pas toujours suivi car le Magistrat veut éviter à tout prix l’établissement d’une théocratie. Cependant, la modération et le « libéralisme » de Bucer n’est sûrement pas étranger à l’attitude souple des autorités quant à l’application de l’Ordonnance Ecclésiastique de 1534 et de l’Ordonnance Disciplinaire de l’année suivante. L’affaire de l’Intérim, son refus d’y souscrire (1548), la crainte de représailles de la part de Charles Quint poussent Bucer à accepter un poste de théologien à l’université de Cambridge où il meurt en 1551. J. P. Klein, catalogue des collections du Musée Historique, 1980 |
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Paire
d’arquebuses à rouet de chasse exécutées à Strasbourg
en 1666 Exécutée à Strasbourg en 1666 Détail de la platine et de la crosse L’arquebuse à rouet, d’invention allemande, devient vers 1530 la rivale de l’arme à feu à mèche qu’utilisent toutes les armées d’Europe depuis la fin du XVe siècle. Le mécanisme fragile et perfectionné du rouet empêche ce type d’arquebuse de vraiment supplanter l’autre type à mèche. Par contre les chasseurs préfèrent l’arquebuse à rouet, jusqu’à son remplacement par le fusil avec sa batterie à silex au début du XVIIIe siècle. La platine à « pierre » ou à « fusil », créée en Italie dès 1522, ne pénètre à Strasbourg qu’après 1660. Organisée par le statut de 1563, la maîtrise des arquebusiers se développe au cours du XVIe et du XVIIe siècles. Deux maîtres arquebusiers, Samuel Doepffer et Nicolas Glock ont travaillé ensemble, le premier au canon, le second a confectionné la platine et ses mécanismes. Leurs poinçons et le poinçon du Contrôle de la Ville (visible sur la photographie, en dessous du rouet) figure sur la platine. Depuis 1563, par décision du Conseil des XXI, les arquebusiers sont obligés de soumettre leur production à une commission de contrôle qui vérifie les canons et les platines. Le fût de l’arquebuse et la crosse sont en bois d’acajou richement sculpté, et non incrusté de plaques d’ivoire gravées. On peut reconnaître des scènes de chasse : une meute qui se lance à la poursuite du gibier, des combats d’animaux sauvages etc… Le sculpteur est inconnu, son style le rattache au Rhin moyen ou à l’Allemagne du Sud. Par contre, sans pouvoir l’identifier, le mancheur a laissé ses initiales O et Q. L’acquisition, par le Musée Historique en 1951, de cette paire d’arquebuse complète et confirme la haute qualité de la production strasbourgeoise. La gravure de la plaque de couche et la date gravée de 1666 permettent (chose rare) une identification historique précise. J. P. Klein, catalogue des collections du Musée Historique, 1980 |
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