L’exposition « Chromamix 2 » est conçue pour être vécue en famille. Dans chaque salle, les visiteurs petits et grands, sont invités à explorer une autre facette de la couleur, un des ingrédients les plus insaisissables de l’art. Dispositifs interactifs, documents en regard des œuvres, fiches et cartels permettent à chacun d’approfondir ses questionnements et à mieux apprécier les œuvres présentées. Devant une thématique si vaste, l’exposition n’a d’ambition que d’amorcer une première approche de la couleur dans l’art et ce à travers onze étapes.

La couleur est lumière
La cible impossible d’Ugo Rondinone introduit le visiteur dans la première salle où des pendentifs scintillants en cristal de Baccarat éveillent la curiosité en évoquant un des mystères encore insolubles de la nature : la perception de la couleur. Cette première section succincte traitant les ondes perceptibles de la lumière blanche, donne à voir le spectre visible des couleurs et laisse la place au sujet principal de l’exposition : la dimension matérielle de la couleur qui, de tous temps, est le propre du monde artistique.

La couleur est matière des peintres
Les 5 salles suivantes abordent la matérialité de la couleur.
Partant des objets où les artistes révèlent la matière colorée de leurs objets – le grès gris d’une urne funéraire, le rouge brique d’une tuile gravée alsacienne, le bleu d’une plume dans une boîte de Max Ernst – le visiteur découvre les matériaux organiques et minéraux qui ont été utilisés pour créer pigments et teintures, matières premières des peintres depuis les temps préhistoriques. Des dispositifs perceptifs devant une nature morte du XVIIe siècle entourée par son sujet – pas moins de 30 oiseaux naturalisés – et devant Champs d’Avoine de Claude Monet amènent le visiteur à considérer la dimension matérielle de la peinture. Un espace-atelier présentant différents échantillons de supports, outils et techniques sert ensuite d’introduction à la dernière salle de cette section. Dans cette salle, les visiteurs sont invités à considérer comment les traitements de la couleur par les peintres leur permettent de mieux communiquer leur vision du monde. Afin de faciliter cette première approche, une seule couleur, le jaune, est étudiée. C’est ainsi que l’immatérialité des jaunes du Corbeille de verres de Sébastien Stoskopff et la maquette 1/10e de Ma chambre de la Krutenau en satellite de Sarkis côtoient d’autres jaunes dans toute leur matérialité comme le jaune acide de Sins of omission de Donald Baechler ou le jaune lumineux d’une faïence des Hannong. Symboliser, convaincre, embellir, identifier… les différentes intentions des artistes à travers une vingtaine d’œuvres et objets des dix Musées de la Ville de Strasbourg sont ainsi soulignées à la faveur des techniques et des différents traitements des jaunes de chacune des œuvres exposées.

Des milliers de couleurs 
Après cette plongée dans les jaunes, la couleur dans toute sa variété est abordée. L’escalier transformé en un grand cercle chromatique mène les visiteurs au premier étage où sont présentés différents nuanciers et systèmes de couleurs : NCS (Natural Color system), Munsell, Pantone, Chevreul... Pour aiguiser le regard se trouvent également deux jeux sur les subtilités des nuances colorées. C’est ainsi que des tessons archéologiques exercent les yeux à distinguer et à nommer les nuances infimes des couleurs dites des sols et que des coquillages – les mêmes que ceux trouvés dans l’atelier du peintre François Boucher – révèlent les subtilités des nacres colorées, si chers aux peintres Rococo.

La couleur se transforme
Les quatre salles suivantes invitent les visiteurs à explorer quatre différentes situations où la couleur est transformée avec la complicité de l’artiste ou bien à son insu.
Dans l’espace dédié à la couleur transformée par le temps quatre œuvres témoignent des traces différentes qu’au fil des années, la lumière, l’usure ou les réactions chimiques ont sur la couleur. C’est ainsi qu’un portrait de Claude Deruet, un bracelet de la période de bronze, deux angelots du XVIIe siècle font face à une œuvre emblématique de Claude Rutault : Pile ou face. Dans la section consacrée aux effets des couleurs voisines entre elles, trois recherches picturales de Jean Leppien sollicitent les jeunes visiteurs à expérimenter eux-mêmes quelques lois de la couleur enseignés au Bauhaus qu’il fréquente en 1929. Pour amorcer la réflexion sur l’importance de la relativité des points de vue sur la couleur, un tableau néo impressionniste de Maurice Elliot est observé à travers les deux côtés de jumelles. Enfin, le rapport essentiel entre lumière et vision de la couleur, est exploré grâce à deux dispositifs d’éclairages variables qui mettent en lumière deux vitraux du XIVe siècle et un tableau de Francesco Bassano. C’est en effet dans ce deuxième intermède contemplatif que les visiteurs, plongés dans des ambiances lumineuses différentes (lueurs de bougies, de lampes à l’huile, lumière de jour et de nuit), appréhendent ce phénomène de la couleur de façon saisissante.

La couleur e(s)t la vie
La dernière section aborde un des aspects fondamentaux de la manifestation matérielle de la couleur : comment les peintres s’en servent pour cacher, embellir, singulariser les composants de la vie quotidienne. Des boîtes de courtoisie peintes mais aussi, une installation photographique de Sandy Skoglund, un réfrigérateur peint de Bertrand Lavier et une vidéo de Bruce Nauman affirment l’actualité de cet acte ancestral, introduit par la reconstitution colorée d’une stèle gallo-romaine. Pour clore, 3 espaces convient les visiteurs à se régaler des couleurs rythmées en musique par trois vidéastes Len Lye, Paul Sharits et Norman McLaren, à se lover dans des poufs avec quelques ouvrages pour enfants sur la couleur et à choisir et nommer sa couleur préférée tirée des dizaines de milliers de nuances disponibles en informatique. Cette dernière section sera aussi l’occasion pour le service éducatif de recueillir les réactions personnelles sur la couleur de la part des visiteurs mais avant tout pour prolonger la réflexion chromatique en dehors des limites de l’exposition.

Enfin, à la sortie, une série de livrets invitent les visiteurs à continuer leur visite « haute en couleurs » dans les Musées de la Ville de Strasbourg à travers un choix d’œuvres et d’objets emblématiques de chacune des collections.

Commissariat : Margaret Pfenninger, responsable du service éducatif des Musées de la Ville de Strasbourg